conseiller personnel de dirigeants, depuis 2000 : management strategique & communication
Le propos du blog :
libre et direct, si possible en mode oral, tres souvent sur la vie et ce qui la rend delicieusement saillante, souvent aussi sur les modeles et outils d'efficience (interessants, concrets)
A signaler :
beaucoup de themas sur la performance personnelle et collective, beaucoup de liens
Trois. Et même s'il y a des milliards de façons de décider, il y a peut-être trois fulgurances - trois chemins mentaux vifs - qui permettent de le faire proprement. C'est-à-dire de résoudre des choses.
Alors, on le sait, la décision, c'est le domaine du stratège, qui pense, imagine, constate, ressent et voit dans un contexte tendu. Et finalise son être (avec des priorités tout de même) vers un succès. Vers un mieux. Vers une position haute, ou solide. Tout ça au sein d'une creuset bouillonnant de rapports de force.
Gros boulot.
Edward de Bono, grand psychologue actuel, concret, consultant pour des organisation internationales, indique à quel point nous réfléchissons généralement mal (cf. éducation, institutions, conformations sociales, etc.). Son Réfléchir vite et bien décrit avec clarté comment fabriquer des solutions. Actions réalistes qui produisent du fruit [1]. Actions qui dépassent de loin la stérile Tragédie des communs. Actions utiles.
C'est simple et créatif. De Bono décroche encore une palme.
Décider ou se décider doit convoquer des forces (des capacités) et non les disjoindre, les mettre dos à dos, les faire entrer en dialectique [2]. Il est évident que chacun voit les choses différemment, avec son filtre à lui (son style, ses préférences). Comprendre que le malentendu est inhérent à tout ce qui anime un groupe est le point de départ, la base (cf. Conflits - Comment les résoudre, du même auteur). Alterner les points de vue, passer méthodologiquement par les différentes couleurs de l'arc en ciel, permet justement d'avoir un spectre complet, qui économise de l'argent, du temps, des procédures, et permet au leader d'avoir un arc décisionnel pratique et fiable (en même temps qu'il permet aux uns et aux autres de recevoir les feedbacks au travail, feedbacks psychologiques dont ils ont besoin).
Laissons le grand de Bono. Laissons un peu ça. Et reprenons du champ : je vous ai parlé de trois méthodes en gros, les voici.
La première est compliquée. Elle liste des éléments, les fait dialoguer entre eux, elle pèse le pour et le contre. Elle est rationnelle (ex. : choisir une voiture d'entreprise). Son intérêt ? Majeur pour des situations simples, où se combinent des valeurs en nombre limité, faciles à identifier (prix, look, performances, utilité, impact sur l'environnement, etc.). Outil emblématique : la liste-papier avec les plus et les moins. Un bilan (une addition, par exemple avec des coefficients) permet alors de trancher.
La seconde méthode est complexe. Elle marie beaucoup d'éléments qui, de plus, changent au fil des journées (tout peut fluctuer). Question possible : le choix d'un associé. Il y a tellement de choses à considérer chez Paul et chez Rémi (ambition, moralité, compétences, gentillesse, disponibilité, etc.), ces choses sont tellement fluctuantes et interactives (la situation de son fils rend parfois Paul taciturne), qu'il vaut mieux - dans l'appareil cérébral - écouter son propre hémisphère droit. Vous savez ? Celui qui voit les choses en général et dégage une impression (une intuition). Ici, la liste-papier devient vite un chantier. Soit vous la transformez en mind map, interactive et colorée, soit vous prenez le temps d'écouter les rapports de synthèse que vous fait votre cerveau droit (je trouve et ensuite je cherche). Outils recommandés : la discussion avec un proche, la méditation, le rêve nocturne, les loisirs décalés, qui amènent leur lot de digestion personnelle, d'écoute de soi, d'écoute des autres.
Il y a un troisième chemin. C'est le questionnement mental des facettes (des dynamiques) qui composent notre personnalité. Comme elles ont toutes une façon de voir le monde, et que tous ces styles ont une utilité (ce sont des ressources), chacune peut (doit) avoir voix au chapitre. À la suite de Taibi Kahler, ce père de la PCM, renforcé dans son modèle par les travaux de la Nasa, eh bien le psychologue français Gérard Collignon propose, en cas de questionnement aigu (ou qui dérange), de faire un « tour du propriétaire ». Dans une vidéo datant de 2000, Collignon recommande d'interroger à tour de rôle (dans sa tête) les six grandes tendances que nous avons tous en nous. La première statistiquement (pour une population occidentale) est celle qui fait la part belle aux sentiments, au bien-être avec les autres. C'est celle de l'Empathique. La seconde, par ordre d'importance, répond aux besoins du Travaillomane, qui recherche les faits, la maîtrise des objectifs et du temps. Il est rationnel. La troisième, c'est une vivacité, un amusement, une interactivité joueuse avec les autres : bienvenue au Rebelle. Quatrièmement, accueillons le Persévérant et ses impératifs de fiabilité, de conviction, d'engagement personnel, d'opinion, de morale. La cinquième tendance nécessite du calme, de l'introspection, de la recherche intérieure féconde et calme (imagination), en même temps qu'une date-butoir pour livrer enfin ce ressenti des profondeurs, nous avons là le Rêveur. Puis, pour terminer, place au Promoteur, qui recherche l'action, la séduction, le rapport de force, le défi changeant, le pragmatisme et cette piquante électricité qui fait ressentir la trépidante course de la vie.
Nous avons là un canevas riche. Avant de prendre une décision importante, je me demande :
| quel bien-être je peux envisager pour les autres et pour moi-même,
| quelles solutions concrètes (quels faits) peuvent venir se mettre en place au quotidien,
| quelle interactivité ludique je peux vivre avec mon environnement,
| quel type de conviction chez moi (et quel genre de fiabilité chez les autres) les choses peuvent garantir,
| quel contenu profond, quelles images peuvent découler,
| quels défis excitants telle ou telle option fait surgir.
Une impression, une force alimentée, une idée se fait jour. C'est quelque chose qui me ressemble : je peux y aller.
Je me sens bien.
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[1] Ou, plus prosaïquement, qui ramènent les chiffres-terrain vers la ligne d'objectifs désirée (cf. résolution de problèmes).
[2] Revoir ce qu'Edgar Morin dit de cette opposition systématique entre un oui (thèse) et un non (antithèse), pressentis pour accoucher d'un oui mais (synthèse), coûteux en énergie, en débats, en fâcheries, en temps. À la dialectique, il préfère évidemment l'approche dialogique, qui vérifie s'il y a des et (éléments de conjonction, de coexistence logique, de synergie). C'est le fameux : c'est compatible, qu'on constate tous les jours.
[ De Bono, le site | Balayage intérieur - Une autre approche peut, par exemple, convoquer les quatre Moi d'Alexandro Jodorowsky (ici), qu'en pensez-vous ? | penser, c'est se situer soi-même dans un contexte ; réfléchir, c'est produire des solutions - c'est très voisin puisque se penser soi-même c'est en même temps se situer (envisager la topographie de l'être, la géographie environnante), donc ressentir les contingences, les frustrations, les amorces de solutions voire impulser les stratégies complètes ; cf. arc réactif de Charles Baudouin (1893-1963), psychanalyste et physiologiste humaniste transversal, pionnier, remarquablement riche et facile à lire ]
[ < théma Complexité | catégorie Sc. humaines | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Au départ des sciences humaines, la théologie
Un chewing gum. Mouais. Voilà ce que me semble être la blogosphère des consultants. Pile en ce moment. Truc mâché mou, qui a perdu son goût. (Bon sang, bloguer, c'est vivre.)
Pff.
Et puis tellement limité, tout ça : vous devez être joli, volontaire et en bonne santé. Mais si c'est pour conseiller ça, analyser ça, livrer ça, quel intérêt (si ce n'est la recherche de légèreté, rafraîchissante) de faire des billets pros ?
Je m'ennuie...
Non pas dans ce que je fais (je ne risque pas). Mais dans ce que je lis, sur la Toile.
Tenez, à de rares exceptions (merci Traverson, merci Piaza), peu de consultants creusent les options personnelles : les besoins psychologiques, le style (ethos), la façon d'être. Peu se penchent sur la conscience, l'extension des choix, le bonheur.
Peu d'ailleurs parlent d'eux-mêmes, de ce qu'ils aiment. En vrai.
Alors je mets le curseur en arrière et rembobine un peu. Il y a plusieurs années, l'excellent et dynamique Reda Benkirane (sociologue érudit, multisectoriel au possible, auteur du passionnant La Complexité, vertiges et promesses) me proposait de former une équipe sur le fécond lien entre management (art de mobiliser des hommes pour produire un résultat) et complexité (considération continue, en sciences et dans la vie de tous les jours, qu'un tissu, qu'un système, qu'une interconnexion communicante - volontaire ou non - nous relie jour et nuit). Tout ça, sous l'angle pragmatique du travail [*].
Quelle belle idée. Quel beau domaine, en plus.
Cette complexité, c'est une histoire éternelle. Éternelle comme le sont les choses qui parlent des liens. Vous savez ? Les relations. Et leur puissant aboutissement (et même origine) : l'amour. L'amour qui génère, mêle et rend possible.
Ouais.
Tout ça pour quoi ?
Pour dire que je traque (avide) la théologie en ligne. Oui. Je veux du XXIe siècle et de l'éternité : du dingue et stable. Du vivant, du complexe.
Qui dit, dans les blogs, qu'un concept comme la Trinité chrétienne relève de la complexité ? que c'est moderne ? que ça ouvre les portes pour comprendre beaucoup de choses ? pour réussir ? choisir ? avoir du succès ?
Qui dit que l'interprétation de ce qu'il y a de plus haut se fait en connexion avec ce qui se voit tous les jours ? et que ça marche ? et que ça fait sens ? et que c'est isomorphique de la vie ? du mouvement ? de la construction des choses ?
Regardons. Il y a une unité (Dieu). Il y a l'Incarnation : que ce soit en partie (par la paternité, comme un enfant reprend en lui le matériel de ses parents) ou en totalité (il se met en entier dedans), Dieu s'incarne. (Il y a le Saint Esprit aussi, qui préside à la Création du monde, etc.) Prenons donc Jésus, l'Incarnation. La complexité, et son idée par exemple de logique d'hologrammes (regardez), en clair le modèle complexe expose ça très bien.
Un fragment reflète une totalité. Mieux : elle l'incarne, elle l'est. Elle l'est comme un microcosme reprend le macrocosme qui la forme au départ.
La Trinité, icône d'Andreï Roublev (XVe s.)
Une reprise, une parenté. Que ce soit en totalité complète (copié-collé) ou bien en partie (essence, nature intime, investissement de la force), tout ça importe peu. Puisque qu'une partie condense le tout : c'est qualitatif. C'est architectural. C'est naturel. C'est amoureux.
Examiner un homme peut donc conduire à voir Dieu (qui fait les gens à son image). Mais il y a la barrière : le péché, l'erreur (manquer la cible, dit l'étymologie). C'est donc tout flou. En Jésus, c'est net à l'inverse : le Tout (Dieu) se voit très bien.
Tout ça pour quoi, je disais ?
Pour parler. Et puis, en même temps que ces lignes me permettent de répondre à mon ami Traverson, je vous renvoie la balle. Et vous souhaite de très bonnes fêtes, par anticipation.
Prenez soin de vous.
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[*] Travail : rapport de force qui produit des choses. Des plus.
[ < théma Parts de marché | catégorie Stratégie | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Manger en premier
- Je l'ai vu l'autre jour, me confie Adrien [*], un entrepreneur observateur et fin.
- Quoi donc ?
- Je jouais au poker et, à la table, j'ai raflé quelque chose comme 80 % des mises en quelques minutes.
- Et ?
- Eh bien, j'étais chip leader. Confortable. À moi, pendant tous les autres coups, de décider si j'y allais ou restais en retrait. Et là, j'ai observé quelque chose de très intéressant, très proche de l'univers des affaires.
- Oui ?
- Les autres, à la table, ont mis un temps fou à se bagarrer entre eux pour les 20 % restants, autant dire des miettes.
- Tu veux me dire que les parts de marché se prennent en masse, entre gros opérateurs, en tout début de marché ? et qu'ainsi ils vérouillent un territoire ?
- Exactement. Et aussi que beaucoup de PME se bagarrent sur des aires où déjà tout est confisqué, dès le début, par les grands groupes. Ils bloquent tout par la notoriété (effet de référence). Les PME ? Elles se débattent pour trois fois rien. Elles vivotent.
Mmh. (Eh oui.)
Chers lecteurs, que dites-vous de ça ? Le vivez-vous ?
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[*] Prénom d'emprunt.
[ Voir en quoi le marché de l'innovation diffère certainement de ce modèle ]
[ < théma Scoring | catégorie Stratégie | archivage automatique du billet sur management de projet et CFR-client | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Il va y avoir du score
Le scoring, c'est un peu comme les câlins, on parle ou on applique. Aujourd'hui, je vous montre comment j'envisage ça (le scoring). Et vous propose, en retour, de poser vos questions. Allez, la maison [*] régale : voici la vidéo.
De plus, vous pouvez, pour une utilisation libre, télécharger le tableau de bord. C'est là :
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[*] Ou en l'occurrence votre serviteur, bien enroué.
[ En contexte mouvant, comme celui de l'entreprise, il faut concevoir des cartes ou des tableaux de bord qui vont bien au delà de la (classique) matrice BCG, à 2 critères (abscisses et ordonnées - 4 quadrants) | visuellement, donc, une matrice à 6 critères a du sens : privilégier par exemple une toile d'araignée ou directement un hexagone | question scoring de tâches (priorisation), connaissez-vous ToDoList (Fr) ? ] Read More
[ < thémas Crise & Gagnant-Gagnant | catégorie Économie | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Supplément d'âme, et de performance
Clic. C'est le bruit de la souris et c'est le terme consacré pour désigner les transactions sur le Net. Brick and mortar ? C'est le briques et béton du vocable anglophone, comprenez les magasins physiques, « en dur ». Regardons les poids lourds : côté clic ; côté « dur ».
En clic, chez les mastodontes, la cadence des ventes est traditionnellement décoiffante. Sur des campagnes-flash très ciblées, C-Discount affiche des pics d'environ 200 ventes par minute. Gros scores, liés à la fulgurance du Net en tant que moyen technique. Côté « dur », un numéro un sectoriel comme Orpi, avec 1 400 agences immobilières, déclare 3 ventes à la minute. Là aussi, s'il est toujours vrai, c'est un joli chiffre.
Parlons de mon chouchou. Il travaille dans le « dur ». Le panier-client moyen ? Quelques euros. Mais la cadence, mes amis, la cadence : 14 ventes à la minute. Mesurez l'ampleur [1].
Je vous le donne en mille, Alter Éco fait du bien. Son patron, ancien HEC, le dit sur son blog : L'objectif d'Alter Éco est de défendre l'idée d'un commerce plus juste grâce à l'outil économique et - grâce - au marché. Tristan Lecomte avoue promouvoir une forte culture de l'audit et de l'efficacité [2]. Nous voulons, explique-t-il, être le plus performant possible pour participer au développement du mouvement sur le long terme.
Long terme. Une expression que l'on associe, en ce moment, à la crise. Exploitant les ressources économiques, écologiques et humaines du business globalement utile, Alter Éco trace une (grosse) voie. Celle de la croissance.
[2] Avec le cabinet PriceWaterHouseCoopers. Cf. blog de Tristan Lecomte.
[ Le capitalisme gagnant-gagnant, modèle économique en essor ? | revoir Mondragón | 80 Hommes, également | revoir aussi le management des hommes (le vrai), en Occident lié au protestantisme économique (qui est un humanisme) ou au mouvement coopératif, pragmatique et inspiré, tel que le développait mon grand-père | l'entrepreneuriat selon Tristan Lecomte | question gouvernance et pratiques managériales, il y a l'observatoire Great Places to work | autre sujet - l'immobilier, toute une crise (blog) | Crise, faut-il transformer les 3 piliers (merci House Mouse et Marie Phoenix) que seraient l'administration du capital (gouvernance, utilisation du profit), la R&D (compétitivité, création de nouveaux marchés), le recours aux matières premières (optimisation, innovation) ? dans le contexte mondial ? ]
C'est qui Alain ? C'est Alain Fernandez, il est spécialiste de la mesure (et par conséquent des voies d'amélioration) de la performance. La performance, c'est - pour votre entreprise - tel ou tel type d'avancée (de progression chiffrée, donc mesurée) dans tel ou tel domaine. Ok. Des domaines, évidemment, il y en a plein [1]. Et tout ce branlebas de combat, toute cette effusion, toute cette énergie mesurable, c'est la dynamique de satisfaction. Satisfaction : 1. de l'entreprise (rentrées d'argent, soin des clients - puisque ces derniers paient). Et satisfaction : 2. des hommes composant l'entreprise, ceux-là même qui s'activent à générer ce qui ramène l'argent. Ce ressort qui ramène l'argent, c'est bien sûr la création de valeur ajoutée, préoccupation (normalement) centrale. La valeur ajoutée ? Le service que vous rendez, qui fait qu'on vous paie, qu'on reste chez vous voire qu'on ramène des copains avides de consommer ce que vous faites (nouveaux clients). C'est la façon typique dont vous travaillez et c'est la valeur (chiffrée) que vos clients, vos concurrents, les commentateurs et les décideurs tout autour de vous (et même plus loin) donnent à votre produit (au service qu'il rend, utile ou futile) et à votre style (identité, fiabilité, image de marque).
Bref.
Sur le papier [2], c'est facile de saisir tout ça. (Quoique.)
Dans la réalité ? C'est plus ardu. Le dirigeant et ses sbires (c'est-à-dire... tout le monde) doivent bien connaître : 1. ce que recherche le client (ses attentes). Puis bien connaître ce qui peut : 2. le détourner de chez vous et lui faire préférer un autre fournisseur (concurrence directe - pour le cinéma du samedi soir, c'est les films-télé ; ou indirecte - pour le cinéma du samedi soir, c'est l'autoroute qui facilite l'accès à la maison secondaire, à la maison que l'on rejoint le week-end). Puis connaître : 3. les outils et best practices (par ex., les outils atomiques) qui améliorent en continu la productivité (raccourcir les délais déployés pour faire une chose, donc - pour une période donnée - faire rentrer plus de choses rentables et/ou motivantes, voire générer, hum hum, du temps de repos). Et aussi savoir : 4. où est le ROI (c'est de la stratégie). En outre, et c'est peut-être le plus important, c'est savoir : 5. animer ses troupes. Ou comment leur donner envie de se dépasser, de générer la plus grosse valeur ajoutée de l'histoire, de se « péter » pour la boîte (c'est la motivation).
Eh oui, la motivation (!). Revenons-y. C'est l'art de mettre soi-même et les autres en mouvement. Avec l'énergie humaine [3] bien comprise, bien canalisée, bien encouragée, bien huilée. On soulève le monde.
Ouais.
Je veux vous parler d'un cas tout récent (cas réel), façon Voiture-réalité.
Fig. 1 - Montgomery Burns, parfait modèle de P'tit D,
personnage hilarant de la série Les Simpsons et que ma progéniture affuble d'un :
« Bah, mais qui c'est celui-là ?! On dirait une sorcière. »
Nous sommes attablés.
Moi. - Mais, au juste, sur quoi s'appuie le management dans ton entreprise ?
Quelqu'un que je connais. - C'est-à-dire ?
- Mmh, quels sont les critères de rentabilité (chiffre d'affaires, marge commerciale, voire résultat brut) ? Et quels sont les critères de qualité perçue ? Soit les axes d'analyse [2] qui viennent te parler (après enquête continue) de la satisfaction-clients ? Clients internes (employés, climat, niveau d'implication, présentéïsme) et clients externes (plein d'autres, mais surtout le client final, celui qui paie, qui parle de la boîte autour de lui, et qui reste ou s'en va).
- Rien de tout ça, tu parles...
- Pff, c'est fréquent. J'imagine que ton boss n'a pas de tableau de bord pour représenter et mesurer la performance de l'équipe et la performance de chacun pour ça ?
- Héhéhé [ironie], là tu en demandes beaucoup.
- Oui ?
- Mon boss ignore tout de tout. Ses engueulades sont perfides, déplacées, stressantes et injustes une fois sur deux. Sa compréhension de nos avancées ? Néant. Quand il y a une enquête-qualité, il laisse traîner la pochette et nous dit, d'un mouvement de la main : Allez-y, vous pouvez regarder. Et rentre dans son bureau.
- Il ignore tout des autres et de la boîte et de ses avancées... et de vous ?
- Ben oui.
- Sur quoi il se fonde pour féliciter (ah, pardon... il ne félicite jamais). Mmh, pour recadrer ?
- Sur des impressions. C'est subjectif (passe encore). C'est surtout arbitraire. En ce moment, ceux qui ont le vent en poupe sont ceux qui le matin, à la première heure, se ruent dans le bureau du boss pour lui expliquer que - en dehors de leurs heures de boulot ou de leurs prérogatives [5] -, ils ont joyeusement pris à leur charge une partie de son boulot, resté inachevé. Puis, la grande classe, une palme revient à celui qui - dans les couloirs - cogne un marteau (si !) pour accrocher ou décrocher des trucs. Et donc s'agite, et donc brasse du vent. Et le fait (bruyamment) savoir.
- Quelle valeur ajoutée ce marteau, tacitement apprécié par le boss, fabrique-t-il ? au global ? par équipe ? ou pour une personne en particulier ?
- Aucune ! Juste accrocher des trucs. Et faire comme si : fabriquer une impression.
- Je vois...
(Cas réel, je le rappelle.)
Allez j'en finis. Alain a raison, c'est sûr. Rationaliser (et humaniser une boîte), c'est faire quelque chose d'adulte. De lucide. De sain. C'est convenir des indicateurs, c'est regarder comment ils se remplissent de vert, c'est aider les gens à le faire.
J'ajoute, c'est proposer de ramener les marteaux chez soi...
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[1] Il y a : 1. la stratégie (art d'envisager et de vouloir des happy ends et donc de modéliser gagnant, en fabriquant 1.1 un profit - le ROI -, 1.2 une profitabilité - valeur commerciale de l'entreprise, que l'on peut développer ou revendre). L'idée ? Remporter un à un les rapports de force (terrains de jeu ou champs de bataille) touchant aux clients, aux concurrents, aux fournisseurs, aux cultures et tendances d'un marché, au droit social et fiscal, aux technologies environnantes et aux méthodes de travail - bref, tout ce qui empêche et/ou facilite le profit. Il y a aussi : 2. le marketing. C'est le choix plus ou moins opportun des façons dont on veut répondre aux clients, par le bon produit, par le bon prix, par le bon service qui va autour, etc. Le marketing et son prolongement, la vente (aimer rendre service au client). Il y a en outre : 3. la qualité. C'est l'organisation (bon design, rationalisation correcte des étapes de travail) et le management (pratiques motivationnelles) qui font que l'on comble l'écart constant entre les attentes d'un client, d'une personne ou d'une institution qui attend de nous un plus, une valeur ajoutée (dans le système d'affaires, il y a là le collaborateur interne, le client final, le réseau commercial, les journalistes, les prescripteurs, les collectivités locales, etc.), et les réalisations-terrain (les chiffres de l'entreprise, la satisfaction de ces mêmes clients). La qualité prend soin des clés du succès, considérées comme un faisceau de compléments mutuels. Tout cela participe de l'excellence. De la bonne gouvernance. Du pilotage. Pour peu qu'on ait des objectifs, des envies, une éthique, des moyens de mesurer les résultats (tableaux de bord).
[2] Faisons-nous plaisir... Valeur du service rendu (Serv) + Image de marque (Img) = Valeur ajoutée (VA). Jusque là, tout va bien. Or, VA + Satisfaction (S) de l'entreprise S(ent) et des clients S(cl) = Performance = P. C'est facile. Comme P = S(ent + cl) et comme P augmente au moyen des tableaux de bord (TdB), on se retrouve, pour tout [X] figurant une augmentation, avec : S(ent + cl) x TdB = P + [X]. La performance augmente, et à travers elle la satisfaction des clients internes et externes, plus la perception du service rendu, plus l'image de marque de l'entreprise responsable.
[4] Je parle là de choses de base. Un troisième axe consisterait à évaluer le facteur barrier et le facteur brand (revoir les 2B).
[5] Je recommande ici la rédaction, façon objectifs-minute, de lettres de mission personnelles. C'est mieux pour les territoires, c'est mieux pour travailler (intelligemment) sur des objectifs. Donc manager (discerner, interagir, encourager).
[ Ce syndrome du marteau, il faut le regarder sérieusement : il peut être (il est) synonyme de stress - Quand j'ignore ce que je dois faire, dans le doute (un doute coûteux en énergie et en résultats finaux), je m'agite et je manipule et je cogite | un bon manager sait motiver, certes, il sait aussi apporter la concorde, l'ambiance de travail, l'évaluation sereine, la régulation, la paix ] Read More
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« Trois trucs »
Une personne qui m'est chère conduit sa voiture. Je suis assis à côté. Concentrée sur la route, les yeux plissés, elle me dit :
- Mmh, vas-y répète : c'est quoi les critères du bon manager ?
- Essentiellement trois trucs. Est-ce que ton manager est 1. moral, exemplaire dans son comportement et impartial avec ses employés ? (Est-ce qu'il joue collectif ?) Ensuite [je compte sur mes doigts], 2. est-ce qu'il te félicite à chaque fois que tu réussis quelque chose ou atteins tes objectifs ? (Soyons fous, est-ce qu'il te dit à quel point il est content de bosser avec toi ?) 3. Pour terminer, est-ce qu'il est capable de discerner chez toi la faute, délibérée donc sanctionnable, de l'erreur, involontaire et que tu peux donc pallier avec un simple entraînement ?
- Attends, me répond la personne. Tu me demandes si mon boss est exemplaire, s'il a le courage (les c...) pour féliciter ce que je réussis. Et puis s'il module la pression qu'il me colle et sait voir en moi ce qui mérite d'être amélioré, poussé, encouragé ?
- C'est ça, réponds-je, les yeux braqués sur la file de voitures.
- Ok. Alors, premier élément, de 0 à 10, 0. Deuxième élément, 0 aussi. Et troisièmement, ben, 0.
- Tu te sens motivée ?
- De 0 à 10 ?
- Par exemple.
- 0. Je reste pour la paie...
- (Soupir.) Il y a là aussi trois trucs, qu'on voit souvent. Beaucoup de managers le deviennent [*] parce qu'ils sont, à la base, de bons vendeurs. Leur hiérarchie les récompense. Ou alors ils sont anciens, ils obtiennent de l'avancement. Ou alors ils sont intrigants et leur hiérarchie promeut un ami, qui - en plus - sait montrer du tempérament (sait jouer des coudes, plutôt).
- Dans le cas de mon boss, je note de 0 à 10, là ?
- Laisse tomber. J'ai une « vague idée ».
- Tu m'étonnes !
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[*] La plupart des entreprises pensent que quelqu'un de bon (ou de capable, ou de déterminé - certains appellent ça motivé), bref qu'il suffit de quelqu'un d'un peu volontaire (ou qui connaît bien les us et coutumes du client ou de la « maison ») pour manager. Ce qui ressort des constats-terrain, c'est que le manager manque de formation : on le bombarde là, comme au combat. Et il vit la pression de sa ligne hiérarchique exactement comme il le faisait avant, comme subordonné. Il la subit. Donc il la répercute. Et en faisant ça, il stresse à haut niveau, donc se rigidifie. Ou, pire, il lâche tout (Débrouillez-vous entre vous - il existe une foule de scénarios de ce type). Revoir les drivers.
[ Il existe plein d'entrées possibles dans la galaxie du management, que ce soit en général ou en particulier. 1. Le leadership (gouvernance, soit autorité et modes de commandement opportuns), 2. la capacité à incarner, expliquer et entraîner le changement (influencer, faire envie, rassurer, garder le cap), 3. la compréhension des rapports de force (séduction, sujétion, coopérations conditionnelles) et enfin 4. le charisme (confiance en soi, complicité, foi aux autres, optimisme). Tout ça brûle de vérité. Mais pour les collaborateurs, le chef c'est avant tout celui qui motive et donne envie de sa bagarrer tous les jours, pour une cause (fût-elle égoïste) | le manager est avant tout un motivateur ]
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J'en termine avec le canevas du docteur G., stratège, entrepreneur, conférencier.
C'est plein de bon sens (et d'expérience) :
Fig. 1 - Modéliser gagnant, mes notes personnelles
Il conseille de se figurer :
1. le prix que l'on vaut réellement (la valeur, l'importance du service, le gain chiffré que l'on apporte au client),
2. la catégorie socioéconomique de la clientèle que l'on vise par conséquent (cf. politique de volume ou de valeur, le luxe étant une retranscription plus ou moins fine de l'univers du client, de ses attentes, de ses habitudes, de sa culture, or ce degré de qualité produite se facture fortement),
3. le bon déroulement technique et business des processus (étapes optimisées, atteinte effective du ROI, suivi continu de la qualité que le client perçoit, construction d'une solide image de marque),
4. identification permanente des problèmes (mesure des décalages chiffrés entre un objectif et des résultats réels).
À vos commentaires.
Bon week-end !
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[ Prenons 1 000 € - Une politique de volume consiste à vendre 1 000 produits à 1 € pièce ; la politique de valeur vise, elle, mettons 2 clients capables (et désireux) d'acheter une unité 500 € pièce | le problème selon le docteur G., c'est la force mécanique adverse (résistance, effort contraire, voire sabotage du travail ou du moral des troupes) que déploie une composante de votre système d'affaires (par exemple un employé) | ce type de modèle, davantage hydraulique que complexe, accorde une grande importance à la clarté cognitive et à l'autorité que projette le leader (il s'impose et traite des rapports de force) | une autre vision possible (et sûrement compatible) envisage le problème comme un gap, comme un fossé chiffré (une différence) entre un objectif d'affaires et sa réalisation concrète (clairement mesurée) | ex. d'objectifs : chiffre d'affaires, marge commerciale, résultat brut, délai de confection, taux de conformités après audit, taux de présentéïsme annuel, taux de satisfaction-clients, degré de gêne que peuvent éprouver les clients de votre portefeuille à migrer vers un autre fournisseur (vérouillage-clients), degré d'indépendance de votre structure par rapport à un fournisseur-amont, etc. - c'est tout ce qui figure dans la colonne « objectifs » du tableau de bord de l'entreprise | modéliser un comportement-type de l'entreprise (procédures fiables, système comportemental optimal), c'est réduire les processus (actions avec un début et une fin, fabricatrices d'un plus pour quelqu'un, en interne ou à l'extérieur) à leur expression la plus simple, la plus rentable, la plus mobilisatrice ; c'est un peu comme définir ce qu'est un organisme en bonne santé (quelque chose qui déploie simplement sa vitalité certes, et aussi qui développe un plus, pour soi ou pour un ensemble) ]
[ < théma Stratégie | catégorie Stratégie (ben oui) | archivage automatique du billet sur le loup et sur saint François, sur les besoins humains (instinctifs) et les poussées qui les expriment et, finalement, sur les émotions primaires (cf. Paul Ekman) et les chemins spirituels (chemins de travail) qu'elles nous font emprunter | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre | 2e partie > ]
Certes. Il y a des billets que je laisse partir aux archives avec mélancolie. Pandaloup est de ceux-là, qui évoque ma progéniture (fort dynamique) et cette virginité philosophique (disponibilité, puissance brute) qui caractérise ses élans, ses envies, ses questions, son rapport au monde.
Un billet en pousse un autre (c'est comme ça) et celui d'aujourd'hui parle de stratégie. La stratégie, c'est cette capacité qu'ont certains à envisager un parcours par la fin. Il y a chez le stratège le talent du metteur en scène, qui sait comment son film se termine. En conséquence, il case les éléments intermédiaires, ceux qui amènent, ceux qui font sens. Il comble le segment départ-arrivée par des séquences, qui alternent entre éléments coulés et vraies saccades. C'est ça la narration, c'est ça le rythme, c'est ça le ressort du récit : une logique interne qui va de soi, qui rebondit, raconte et convoque les sens, l'imagination (au sens de la psychologie des profondeurs [*]), la capacité projective d'un public (les PNL-istes appellent ça le cinéma intérieur).
Mon mémoire de fin d'études portait sur ce storytelling (dans mon cas, visuel) que la planète envie aux Américains. Empiriques et touchants, ils savent raconter (cf. culture des pasteurs en chaire, pragmatisme et valorisation de la conscience - donc du ressenti - personnels). Il faut évidemment regarder ce que le management visuel, la cartographie mentale et les clips buzzés du Net ont d'impact sur nous.
L'Europe, pourtant fille de la Renaissance, des Beaux-Arts et du Romantisme, devrait en prendre de la graine. L'hémisphère droit ? Un continent à redécouvrir.
La narration, donc. Ou plutôt la capacité à voir (projection), à envisager par la fin (happy end). Voilà ce qui s'appelle « scénariser gagnant » ou, mieux, « modéliser un ROI » (return over investment), si possible fort et rapide.
Ok.
Il y a dans la stratégie aussi l'aptitude à comprendre et caractériser (avant et en direct) les rapports de force. Il y a là-dessus une paire de billets que je vous laisse aborder.
C'est le moment de vous parler du docteur G. (Ah, mystère, quand tu nous tiens !). Cet entrepreneur à poigne, fertile et déterminé, est également un conférencier de talent.
Une embardée dans son univers volontariste et typé (engageant, unique) m'a fait récemment coucher des notes que je vous transmets... juste après.
Be seeing you.
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[*] Je pense à Gilbert Durand et Georges Romey. Mais aussi, cette fois du côté de Palo Alto, à l'excellent Milton Erickson, expérimentateur et intuitif, tout le contraire du caractère méthodique et prudent d'une autre grande figure de son temps, Gregory Bateson.
[ < théma Caïn & Abel | catégorie Divers | archivage automatique du billet sur le pourquoi (questionnement), sur l'enfance et la vitalité philosophiques, sur le poids enfin du regard en éthique (façon de vivre, de se placer dans le monde et de choisir le sens et le poids de ses actes) | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Le grand absent. C'est lui le grand absent, c'est Abel. La guerre, ce propre de l'homme qui incarne ce qu'il a de plus sale (incapacité à s'entendre entre soi), cette horrible guerre nous le prend. La guerre, c'est la jalousie. Témoin, la Bible. Dans leur récit, les Écritures nous parlent d'Abel. Elles nous montrent la portée universelle du crime. (Le crime, c'est une attaque avec mobile, une attaque sous prétexte - contrairement à l'autodéfense, tournée vers le sursaut vital.) Caïn tue Abel car il veut confisquer l'amour (et le regard) de Dieu, par la violence. Pauvre fou. Caïn est un passionné, un tourmenté, un dingue. Il tue son frère et cet acte terrible, le grand René Girard en fait le fondement, le nœud matriciel violent, fracassant, où tout se joue. De ce chaos passionnel naît la civilisation (régulations, paradigmes, productions collectives concertées). Les constructions humaines sont violentes (elles violent), les édifications se font dans le sang.
Pauvre Abel ! Cette guerre de Quatorze-Dix-huit nous l'aura pris. Abel, c'était le gars dans son champ, le type avec son agriculture et avec son père et sa mère et ses frères, et ses sœurs et ses copains. Pauvre Abel. Abel c'était François et c'était aussi Franz (c'était également Ali, Gábor et tellement d'autres).
Abel (vrai prénom), c'était aussi l'oncle de ma grand-mère paternelle. C'était l'oncle de Georgette. C'était ce gars que le combat de 14-18 mena loin. Et son officier le porta disparu. Des documents l'attestent. Ce pauvre Abel, sorti de l'adolescence, ce pauvre Abel, il est parti loin de chez lui et il a fait un trou. Un trou familial : porté disparu se hurle et se chuchote (c'est le pire cri, celui des pierres - cf. Luc 19:40). Sa mère (grand-mère de ma grand-mère) en est morte de chagrin. Épuisée par l'absence et par les pleurs. Mais tu crois qu'il reviendra, Abel ? Pauvre Abel. Et pauvres deuils, même pas faits.
Un trou.
Et puis par hasard, il y a une poignée d'années, lors d'un voyage, Georgette a retrouvé la trace d'Abel. Comme ça. Abel était bien mort lors d'un assaut.
La grand-mère, la maman d'Abel, pouvait enfin vivre en paix. Et, depuis sa tombe, entamer son deuil.
Toutes les familles ont un Abel en elles. L'immense Anne Ancelin Schützenberger le clame.
Et vous voudriez qu'on arrête de parler de la guerre ? Qu'on désinfecte l'Histoire ? Vous avez vu les monuments aux morts dans nos campagnes ? tonnait mon grand-père dans ses discours sur la paysannerie. Pleins de noms de paysans, les grands oubliés, la chair à canon, la force vive et nourrissante du pays.
Honneur à vous, pauvres hires. Nos familles sont pleines d'Abel.
Et je veux parler ici de violence et de deuils certes, mais aussi d'humiliation.
Le besoin de se sentir fier est anthropologique et profond. Je pense aux familles de chez nous, bien sûr. Je pense aussi à celles de nos frères outre-rhénans. Et puis à tous les grands perdants (pauvre Hongrie). Humiliés.
Je pense aux fracas de l'Histoire, aux mutilations territoriales et culturelles, à l'érection des nations occidentales. Dans le sang. Les grands perdants ? Les civils de tout bord. À l'exception de l'Inde de 1947, pour l'occasion non-caïnique, convertie à la non-violence par un Gandhi inspiré.
Il y a aussi les Juifs, les Palestiniens (sous mandat britannique une partie du XXe siècle), les Gitans, les Africains et tellement d'autres.
L'humiliation, je disais. Pensons au monde arabo-musulman et aux poussées qu'il connaît ce siècle-ci.
Tout est le fruit de Caïn. Caïn le coléreux, le jaloux. Mais aussi Caïn l'illuminé.
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[ Le manque de regard et la réprimande mal embouchée conduisent au syndrôme de l'assoiffé de vengeance | La figure d'Abel - Voir Neil Gaiman (le blog) et son magnifique travail sur les archétypes (théma) | Caïn et Abel, personnages récurrents de la saga Sandman de Gaiman (poster, merci Vulture) | autres dessins, et aussi chez Flooby | Le Nouvel Observateur (HS d'octobre-novembre 2008, n° 810 H) est une perle sur l'Histoire, lire notamment l'émouvant édito de Jean Daniel (son blog) | il y a, chez ma grand-mère, une boîte qui contient des photos de soldats de la guerre de Quatorze-Dix-huit | tenez, la dynamique de groupe, vrai labo à ciel ouvert de la violence, de ses régulations, des scénarios qui pendent au nez des parties-prenantes | l'Europe de 2008 est une zone de paix ]
[ < théma Cerveau | catégorie Sciences humaines | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
L'aventure intérieure
Les préférences cérébrales. Hémisphère gauche ou hémisphère droit. Les qualités d'un bord ou plutôt de l'autre, par exemple l'esprit d'analyse [1], opposé par la culture occidentale classique à son pendant, l'esprit de synthèse. Vastes champs de l'esprit, que l'expérimentation approche massivement dès l'Après-guerre (psychologie, informatique, cybernétique, etc.). Le cerveau, il faut le dire, est - par son dialogue continu entre les différentes zones qui le composent [2] -, en clair, le cerveau est une filière d'efficience (la principale), tant dans la vie de tous les jours que pour les défis collectifs. Tendances cérébrales, chemins de frayage, compétences ou angles spécifiques d'édification... Le thème des pôles de compétence cérébrale, des pôles dédiés, séduit tellement que la PNL, soucieuse de relevés-terrain, s'empare directement du sujet, en étudiant les supercommunicants. Professionnels qui réussissent à influencer, à provoquer le changement, à induire chez eux et chez autrui les pensées et les comportements qui marchent. Les conduites qui solutionnent. Qui ouvrent les perspectives, à partir des qualités d'un émetteur et des aptitudes naturelles d'un récepteur.
Nous sommes dans les années 1970. Par les ouvrages de vulgarisation ou les séminaires de formation, ça rentre dans les conversations : untel est plutôt comme ci, plutôt comme ça. Son esprit, sa façon de voir le monde, a une empreinte, une identité, une couleur (et donc des qualités et des limites propres). Il développe un style, une façon d'être qui découlerait d'un développement de telle ou telle aptitude cérébrale.
Ok.
Rentrons dans les années 2000. Ce que la neurobiologiste américaine Jill Bolte Taylor nous dit des spécialisations cérébrales est époustouflant. Croyez-le ou non, mais ce qu'elle étudie (les processus cérébraux), la vie lui permet de le vivre en direct. Et sur elle. C'est un accident vasculaire cérébral (AVC), affection considérée comme lourde, qui lui permet de ressentir son cerveau, son activité, ses changements. Son accident ? Un champ d'étude à ciel ouvert, qu'elle ressent, questionne, étudie.
Fig. 1 - Conférence : Ce que ça fait d'avoir un AVC
La journaliste Véziane de Vezins lui donne la parole :
« Combien de chercheurs en neurosciences ont l'opportunité de vivre par eux-mêmes un accident vasculaire cérébral ? [...] L'hémisphère droit de notre cerveau est programmé pour le bonheur, la paix, la compassion. [...] La plasticité des neurones donne à chacun la possibilité de “virer à droite” et de choisir la paix et l'amour plutôt que l'affrontement. [...] Le circuit neuronal de la colère est mobilisé durant exactement une minute et demi, après quoi la tension retombe. Libre à nous de ne pas donner suite. »
Ce 10 décembre 1996, à 7 heures du matin, après une terrible douleur derrière l'œil gauche, la scientifique ressent quelque chose d'étrange. « Mon énergie spirituelle, confie-t-elle, flottait en suspension autour de moi, telle une baleine géante dans un océan d'euphorie muette ». Diagnostic : cerveau gauche atteint, c'est donc l'hémisphère droit qui interprète les choses, dans son langage.
Convalescence, volontarisme et amélioration sont au rendez-vous. Enfin.
« Si mon odyssée intérieure m'a appris une chose, indique-t-elle, c'est que la quiétude est à notre portée. Il nous suffit, pour y parvenir, de faire taire la voix de notre hémisphère gauche dominant. »
Fantastique, je disais.
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[1] Il s'agit de l'hémisphère gauche, considéré comme la structure dynamique hébergeant les centres du langage.
[2] Cette conception d'un cerveau porteur de zones « géographiques » spécialisées, et connectées entre elles, relève du localisationnisme. La science actuelle trouve parfois le modèle simpliste et dépassé.
[ Joffrey Bouissac, un aventurier cette fois-ci de l'autisme, également précieux pour comprendre l'esprit humain : son récit | ah, le touchant blog de Julie Gravel-Richard, professeur de littérature classique, atteinte d'une tumeur au cerveau | Jill Bolte Taylor est neurologue - un autre neurologue fameux, Antonio Damasio | revenons-en aux aventuriers de l'intérieur, c'est fou ce talent spéculaire de l'homme, qui peut expérimenter (ressentir, vivre) quelque chose et en même temps interroger le phénomène concerné (dédoublement, effet de miroir, séparation des flux, fixation-étude d'un objet courant) | une idole (étymologiquement une image), c'est la fixation d'un élément que l'on étudie, dont on sort une substance affective et/ou expérimentale, voire qu'on révère, et qui rassure dans sa fixité - c'est le contraire de la vie, du fleuve existentiel remuant, donc surprenant, contraignant, anxiogène | revoir le traitement inquiet (effet de comblement) que l'homme réserve à tout type de terra incognita | parlons de cette aptitude (spéculaire) de fixation symbolique des choses (abstraction, modélisation, étude), je me souviens du photographe Moïse Arbib, qui me disait que l'image avait ce pouvoir de faire naître l'illusion qu'on maîtrise, qu'on fige, qu'on comprend, qu'on possède (c'est la même chose) ; un jour il me montre la photo originale (émouvante) de rabbins du ghetto de Varsovie, étudiant dans une bibliothèque juste avant que les nazis la ravagent (puis il referme le coffre qui la contient, exprès, respectant la volonté de l'homme qui la lui avait confiée) ; il y a dans cette image une lumière, un contraste noir et blanc et une intensité que seule la privation de la voir à nouveau vivifient, rendent à la vie, libèrent - ainsi, finalement, puis-je capter son rythme, son essence, sa puissance et la vérité qui la composent : par l'absence, par le respect, par la compréhension de son impermanence (et là, saisissant qu'elle m'échappe, je la ressens réellement) | Pourquoi les Occidentaux photographient-ils les mandalas de poudre colorée ? Ces figures sont faites pour comprendre la métamorphose, la vie, la mort des choses et leur passage - saisir et vouloir garder, c'est mortifère, disent justement ces mandalas ; surfer sur la folle course du monde, ça c'est intense et porteur | pour celui qui chasse (et ressent en direct ce qui passe), pas besoin, estime Alejandro Jodorowsky, d'encombrants filets, d'intellect et de doctrines étouffant le flux ressenti des choses, donc l'ardeur vitale | le signifiant tue la chose, comme dirait Jacques Lacan (qui pourtant - quoique génial - en tua beaucoup, des choses) | à l'heure actuelle, c'est peut-être Georges Romey qui parle le mieux du nécessaire dialogue entre cerveau gauche et cerveau droit, Animus et Anima (voir théma) | la complexité d'Edgard Morin, l'interdisciplinarité de Boris Cyrulnik, la transversalité d'Edward De Bono et l'approche systémique (tellement simple et naturelle) de Joël de Rosnay sont également dans la mouvance d'une circulation gauche-droite, d'analyse et de saisie d'ensemble à la fois | les deux hémisphères communiquent entre eux au moyen du corps calleux, lire le remarquable (et Toulousain) Bernard Auriol, psychiatre et psychanalyste érudit ]
[ < théma Changement | catégorie Management | archivage automatique du billet sur Edward de Bono et sur la rose de Jodorowsky - cette rose (binôme rose-petite fille) illustre l'importance d'avoir une pensée juste, une pensée consciente : 1. de sa propre subjectivité, 2. des changements d'angle possibles (et profitables), 3. des contraintes (limites) de la perception, 4. de l'évolutivité de l'objet pris en compte, tant dans sa catégorie que dans un ensemble plus grand | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Génération Yes we can
Que d'émotions. Je m'y remets : nous sommes le 4 novembre au soir, c'est la nuit qui conduit au 5. Ma télévision chauffe depuis 2 heures du matin (ma compagne, exténuée, se couche) et les heures et les résultats s'égrènent. Je tiens bon. Tout monte. Vient alors le waouh libérateur (explosif) : 5 heures à la montre et la joie qui envahit tout. Obama triomphe. Il gagne. (Le monde peut respirer.) La Virginie succombe et voilà qu'Obama raffle la mise : moderne, jeune, ouvert, instruit, responsable et porteur d'une force. Tout craque d'un coup, voilà ce que le monde ressent. (Je pleure.) Un métis ! I have a dream a sa réponse : Yes, we can. La preuve !
La preuve, bon sang.
Jesse Jackson, pionnier en droits civiques, est en larmes. Et le monde entier, qui souffle. Une prise de conscience est là. Collective, émerveillée, profonde (changement d'époque [1] et de régime). Mieux qu'une idée, Obama est un fait [2]. Allez, un SMS à mon Américain préféré, Flemming, qui me répond aussitôt : Yay!! Hurrah. Il est 5 h 06.
Le XXIe siècle est là (Ben Laden le confiscateur mord, un moment, la poussière). Et avec le siècle réel, un vent moderne, une porte béante. Un espoir qui fonctionne. Mieux : une grande route qui se déroule et s'anime. Et le regard de tous qui déjà la parcourt.
On y est.
Ce changement émane du cœur, des tripes, du rêve et du sang des peuples. Et peut-être que c'est ça, l'humanité ?
Quelle joie. Et quel bonheur d'être ensemble. (Condamnés à être heureux, seule vraie finalité de la vie.)
Continuons avec Obama. Quel chantier ! Rapports de force. Défis historiques. Irak, Iran, Afghanistan, développement durable, relance de l'économie, relations (par conséquent) avec tous les autres partenaires, Sécurité sociale, instruction publique, tolérance religieuse, ethnique et sexuelle.
Ce 44e président porte un poids : celui des espérances. Celui du monde actuel, qui accouche en permanence.
Je lui souhaite de connaître ses Gleicher et Moscovici sur le bout des doigts. Car la vitesse va compter. La vitesse et les symboles. Les forces d'entraînement. La saisie sur le vif. Le bétonnage. Les poussées et les réalisations, les faits.
Quel boulot !
Tout le monde compte sur l'Europe. Et sur la Chine, en outre.
Moment-clé, où l'inertie est à son paroxysme (homéostasies à l'agonie, donc puissantes à l'excès, rassemblées en un système de maintien des acquis). Les pulsions d'évolution doivent donc aller vite – et rassurer step by step les pulsions de conservation -, ce qui est le point décisif des changements. Le mariage énergétique. Le cocktail dynamique : tout en détermination, tout en écoute. Comme à la guerre.
Jurez-moi que ce mandat va marcher...
Allez, ça fait du bien : God bless America.
Et que le monde prenne conscience de lui-même. Tout est là.
God bless Obama.
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[1] Une époque est une façon de vivre. Une idéologie fonctionnelle, en l'état cohérente, en l'état équilibrée (c'est évidemment provisoire). Il s'agit là d'un conformisme, d'abord enjoué, puis dubitatif et enfin crispé. Intolérant. Un socle d'idées et de perceptions, sur lequel s'entendent tacitement les gens. (Heureusement qu'il y a les Tricksters, les pragmatiques, les humanistes, les fortes têtes !) Cf. la théma sur les paradigmes.
[2] Autant la Libération s'est vécue dans la rue, autant le I have a dream - ici pour les Babyboomers - a pu se ressentir à la télé. De même que le premier pas de l'homme sur la lune. Ou, pour la génération X, la chute du mur de Berlin. Le Yes we can de 2008 prend lui aussi l'humanité en flagrant délit de réussite (la positive flash exposure du management par renforcements, essentiellement humaniste). Lors de ces grands moments collectifs, l'homme se voit en grand. En vrai. En possible. (Ça marque.)
[ Ce XXIe siècle devra construire l'ordre et les institutions - y compris mondiales - qui rythment une vie tolérante, pragmatique, libérale et de long terme, pour tous et pour chacun | il faut sortir de l'idéologie, du repli, de l'angélisme et de la vaine pâture, il faut troquer la façon de penser mécanique et linéaire (industrielle, abstraite, infantile) contre une vision, une réactivité systémique et impliquée (charnelle, vivante, concrète, assumée, responsable) - relire évidemment Gandhi, Martin Luther King, mais aussi Le Macroscope de Joël de Rosnay, Pour une politique de civilisation d'Edgar Morin ou encore l'excellent 80 hommes pour changer le monde de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux (le site, les carnets) | Obama a su rappeler les aspirations et les préoccupations universelles, il a touché une essence, il a su mettre en mouvement un espoir frustré, donc un chapelet d'actions possibles ] Read More
[ < théma Europe | catégorie Économie | archivage automatique du billet sur Jeffrey Madrick, l'homme qui explique si bien l'euphorie morbide du crédit outre-Atlantique | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
La Roumanie, pays depuis 4 ans européen - et dynamique comme la Pologne -, explique Zoom Europa sur Arte, en clair ce petit pays (très) vif connaîtra en 2009 quelque 5 % de croissance économique. Soit plus de 3 fois la moyenne de la zone euro. Raison à ça : la consommation domestique.
Les Roumains rattrapent leur retard, ils remplissent les caddies pour combler la frustration du rationnement passé. Mais une banque française, une grande, se refait une santé là-bas. Question crédit, les 6 ou 7 % qu'elle pratique en France deviennent en local... 20 %.
Et d'une, quelle classe ! (Facturer à Pierre ce que Paul trouve outrageux.) Et de deux, le crédit va surchauffer. (C'est évident.)
Côté banques, les promesses hexagonales, le petit doigt sur la couture, deviennent, sitôt passées les frontières, un sacré doigt sur la gâchette. Tristesse ici ? Haro ailleurs : bang-bang.
Eh oui, tout s'exporte. Même, et surtout, le concept de vente à des clients non-solvables.
La présidence française de l'Europe, pourtant force de proposition, devrait - parmi les Vingt-Sept - protéger les membres les plus récents.
Any reaction?
[ En Roumanie, un fonctionnaire touche 500 € par mois | la Roumanie fait partie de la francophonie | autre sujet, la bulle : elle se déplace sur les marchés à potentiel, en Afrique avec les fruits du sol et du sous-sol, et en Nouvelle Europe pour le crédit, y compris pourri (non-solvable) | effet nuage de sauterelles - Spéculer, c'est rafler une mise et partir vite avant la dégringolade, c'est investir un autre marché juste après et circuler comme ça de marché en marché (on dit que la bulle se déplace) | très loin de l'éthique protestante, tout ça... | je suis revenu en France et, comme à chaque fois, je regarde la télé : Zoom Europa est une excellente émission, mille fois au dessus de ces horribles journaux télévisés à l'étranger, centrés sur les chiens écrasés dans l'Hexagone et dans deux ou trois cantons suisses ]
Budapest à l'automne... L'ambiance y est calme et ici - comme d'habitude - les mouvements de l'âme sont plus profonds. De sorte que l'automne est davantage marqué qu'ailleurs. Plus terre à terre. Plus rentré en lui-même.
Difficile de penser au rayonnement, à l'extraversion, à la proposition : les stimulations se cherchent. Et je cherche.
(Obligé de rentrer en moi-même. De trouver mes propres appuis.)
Tout calmer. Trouver la densité fine, authentique, vraie. (Chut.)
Est-ce que John Coltrane me donne du lunaire, de l'introversion féconde ? Coltrane fait mieux : il m'affine, me synthétise, me met en place.
Il me concentre.
Allez, c'est dit : Coltrane est solaire.
Tellement délicat, tellement chaud.
Du bien (du vrai), voilà ce qu'il me fait.
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[ Acknowledgement | le XO Bistro fait une excellente cuisine italienne ou hongroise (par ex. : épicée-sucrée, mon péché mignon) ; les desserts (les français) sont par contre à éviter - mon conseil, un (très) bon plat à 7 ou 8 €, plus un vin rouge légèrement perlé (bouquet de type fruits à coque), c'est tout (et c'est chouette) | bon service, à midi comme le soir (les deux testés) | dîner avec (notamment) un conférencier-conseil, expert en neuroéconomie et en organisation de centres de profit médicaux | demain, symposium sur l'état de l'art en technologies médicales | sac de voyage - j'ai oublié le touchant La Croix et le Poignard du pasteur David Wilkerson (années 1950-1960), mais j'ai pensé à embarquer Les Présocratiques d'Abel Jeannière, ok | hier, rencontre d'Axelle qui travaille dans les RH, du peintre François Joly, et de Demian, capitaine de tankers et de supertankers | ah, testé aussi - en sous-sol - le New Brooklyn, très bien le week-end ]
[ < 1e partie | thémas Psychologie & Intramotivation | catégorie Sc. humaines | this post in English | archivage automatique du billet sur l'audace (confiance en son élan vital), audace qui fait réussir (Terry McGuire) | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Provoquer et expérimenter des optimums
Selon le psychologue américain Martin Seligman, « il existerait des qualités personnelles, que l'on peut cultiver, qui favorisent la vie. Mihaly Csikszentmihalyi, professeur au Claremont College (Californie) est l'autre grande figure de la psychologie positive. Avec [...] l'expérience optimale [réalisation d'activités qui engagent l'envie et le talent personnels, nda], la vie passe à un autre niveau. L'aliénation fait place à l'engagement, l'enchantement remplace l'ennui ; le sentiment de résignation est chassé par le sentiment de contrôle. L'énergie psychique n'est pas orientée vers la poursuite de récompenses externes, mais elle est utilisée de façon à favoriser l'épanouissement de soi. »
Achille Weinberg, Sciences humaines - Les Nouvelles Psychologies (hors-série n°3)
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[ Que peut être un optimum ? Une émotion, physiologique ou plus cérébrale (relire Antonio Damasio), qui procure un bien-être authentique. Authentique : 1.a minima en prise avec les besoins de l'espèce (revoir les strokes), 2. encore et surtout capable d'amener l'apaisement (confort) ou la jouissance propre à chaque profil (6 patterns, par exemple en PCM), 3. au maximum capable de conduire le ressenti vers une plénitude différente des projections, de l'inquiétude, des conditionnements, comme quand l'essence est disponible, parfaitement dans l'eccéité, la conscience forte et apaisée, le présent intense et intuitif (ressenti alors comme éternel, véritable, libre des conditionnements ou des ruminations du passé [par ex., effet Zeigarnik] ou des anticipations partielles, pressantes - et forcément bridées - de ce qu'on appelle le futur) | l'authenticité c'est un naturel, un plein vécu de ce centre de la personnalité - inconscient - qui pulse et ressent quelles que soient les animations hydrauliques (systèmes faisant pression les uns sur les autres), combinatoires, synergétiques, telles qu'Animus et Anima, instinct de conservation et poussée d'évolution | le psychothérapeute Alexandro Jodorowsky donne une graduation aux satisfactions (qui s'acheminent - vous allez le voir - vers un bonheur authentique) : 1. satisfactions liées au moi corporel (instincts de survie, auxquels j'ajoute le repos, ce retrait dont parle Eric Berne), et/ou qui dépendent du moi émotionnel (besoin de reconnaissance, d'appartenance, de guidage parental, de sanction ou de cadrage), et/ou qui découlent du moi intellectuel (satisfactions Animus liées au contrôle des idées ou des opinions, à l'orgueil d'avoir des modèles fonctionnels, universalisants), et/ou qui touchent au moi sexuel (conquête, agressivité, séduction, procréation) - relire Cabaret mystique ; 2. celles qui résultent d'un vécu authentique de ces besoins, à l'aune d'une prise de conscience, d'une guérison, d'un moi-parmi-les-autres adulte et assumé (pragmatisme, pleine conscience, compréhension des choses essentielles, plaisir d'être autonome, joie du don gratuit, créativité, libre cours aux puissances de félicité, de naturel, etc.), 3. vient ensuite cette sensation d'éternel présent (Nirvana, ou Pardes, selon des traditions connues), de pleine habitation sur la terre (habitation calme et concernée, libre et concentrée), de plein investissement de la vie, avec cette distance et cette conscience que nous faisons partie d'un tout qui concourt à sa propre félicité, à son propre partage, à sa propre finalité : la vie | un œil attentif verra dans les besoins décrits plus hauts le découpage traditionnel des quatre éléments de la médecine et de la philosophie antiques : Terre, Eau, Air, Feu | un esprit plus contemporain retrouvera là certains des appuis neurologiques de l'Après-Guerre (cerveau et ses régimes reptilien, limbique et cortical, interactifs entre eux) | pour les thérapeutes issus de la mouvance Palo Alto, ce qui compte, c'est la résolution de problèmes : 95 % de la difficulté de (se) soulager provient du mal à dire où est le problème en termes concrets (relire le très terre-à-terre Milton Erickson) ; exit la notion de psychologie positive (qui recherche les invariants du bien-être en général), tout est affaire de cas précis, de situations du quotidien, de choses à résoudre ]
[ < théma Musique | catégorie Divers | this post in English | archivage automatique du billet sur l'attitude (7 points) de ceux qui gagnent beaucoup d'argent | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Muslimgauze est un artiste à part. Ce type, Anglais d'origine, est mort très tôt, à 38 ans (1999). Gaze-Mousseline (muslingauze), terme textile pour des tissus d'Orient, s'est fait muslim dans son nom d'artiste autant que dans sa conversion personnelle. Fort discret, Bryn Jones était un inconditionnel de l'islam, de l'Orient, des sonorités du Levant, saisies sur le vif (flûtes, oud, voix, percussions). Il aimait les Arabes par dessus tout. Il aimait leur mode de vie, leur quotidien, leur condition. Une sorte de Lawrence d'Arabie musical, auteur de véritables carnets de route sonores (plus de 100 albums de son vivant). Mélange infatigable d'ethnographie improvisée et de musique d'avant-garde. Électronique. Subjective (comme sait l'être cette musique). Avec des assises intemporelles et des parcelles du monde contemporain (extraits radio, TV, etc.). Originalité. Dès les années 1980, et ce jusqu'à sa mort (infection parasitaire). Rimbaud brisé...
Son amour pour les Arabes et son romantisme authentique, naïf, lui ont fait faire des choses superbes. De longues plages riches. Climatiques. (Quasi cinématographiques.) Et des morceaux percussifs entêtants. Hypnotiques.
Mais les productions manquent parfois de moyens, d'unité. Le son ? Trop souvent bon-marché. Il y a aussi ce ver qui mange la datte, ce son aigre et acide, ces saturations qui trahissent l'inquiétude. (Le trouble ou la passion.) À la rondeur, l'artiste préfère souvent l'introduction de sons âpres. Il casse et concasse. Il fabrique - avec brio ou obsession dérangeante - le son de la musique illbient (mélange d'ambient et de sonorités névrotiques, épaisses, inattendues). Un grand. Certainement...
Côté personnel, sa passion pour la cause arabe, son indignation, son tempérament sensible et entier lui ont fait aimer les points de vue radicaux. L'intolérance. Les appels à la violence. (Indéfendables.)
Homme écorché...
Muslimgauze est un pionnier. Sa musique, pourtant inégale (mais inspiratrice), surpasse ses prises de position fixes.
De beaucoup.
[ Tolérance - La fondation Coexist permet de créer des liens entre les trois civilisations monothéistes ; elle appelle au bon sens et à la fraternité | la belle initiative de l'ONG Breaking the ice | Ah, le West-Eastern Divan Orchestra ! | Muslimgauze, le découvrir par les torrents (puis effacer, ou alors acheter) | c'est le musicien Pierre Bureau qui m'a fait découvrir l'illbient il y a une dizaine d'années (et notamment Spectre) | quelques sons illbient, en streaming | les conversions islamique et protestante évangélique sont les plus rapides du monothéisme : dans un cas comme dans l'autre, une simple prière ou profession de foi, si elle est sincère, suffit (islam : Il n'y a de Dieu qu'Allah et Muhammad est son prophète (3 secondes) ; protestantisme évangélique : Dieu, je reconnais mes errements devant Toi, je déclare croire au salut par Jésus mort et ressuscité pour moi et L'invite à venir maintenant dans mon cœur et dans ma vie (8 secondes) ]
Tout ça, c'est comme jouer, estime l'experte en mathématique financière Nicole El Karoui, présente aux Matins, ce jour-même sur France culture. Le problème avec l'activité économique, c'est qu'elle génère de l'argent. Et cet argent, quand on le touche, on a envie de faire comme dans un casino : le jouer. Il brûle les doigts. Le jouer ? Pour en obtenir plus. L'argent s'auto-génère. (C'est l'idée.) Argent augmenté de lui-même. Ou diminué, comme en ce moment.
Le marché de l'argent, tout le monde le sait, obéit aux mêmes lois que les marchés de l'économie classique. Mais il y a comme une membrane entre virtualité et réalité. L'économie de tous les jours concerne un objet physique - améliorateur du quotidien ou porteur de rêve - ou un service perceptible, dont on peut jouir. Exemples : textile, voiture d'occasion, heures de ménage, ingénierie informatique, etc. Liste infinie.
Et plus on demande une chose, plus cette chose devient désirable : son prix augmente. Les demandeurs, jusqu'à un certain point, acceptent de donner plus pour poser la main dessus. Et ceux qui offrent sont heureux : maintenir leur niveau de production (quand ils le décident, comme les producteurs de pétrole), ça maintient la rareté du bien. Ils font la moue, décidant de céder aux plus offrants. Avec un rapport de force favorable, ils augmentent leurs revenus.
Voilà, basiquement, comment les acteurs économiques s'y prennent pour augmenter mécaniquement les prix. En économie classique, on l'a vu. En économie financière c'est surtout la demande qui nourrit la vague de désir. En outre, l'argent [1] est plus volatil que les biens et services. Il s'en détache et prend une grande autonomie. Les transactions, il est vrai, sont fluides : un ordinateur de part et d'autre, une connexion, un arbitre plus ou moins vigilant, le tour est joué. Le système est comme ça. Il incarne un ordre social, symbolique et factuel, que tout entretient.
De sorte que l'échange a lieu. Façon live. De l'argent contre de l'argent : on mise sur la valeur présumée d'un paquet d'argent. (On mise avec... de l'argent.) Lui-même moyen et fin, il permet de juger (d'apprécier) et aussi de rentrer dans le circuit. De le grossir. De le rendre finalement consanguin. L'argent ? Moyen et fin d'un système vivant, où tout se contamine, en petit comité (opérateurs pointus).
Une mare, avec sa propre météo.
Résultat ? Des bulles. Celles du champagne quand le système croît en logique interne (il enfle). Il est plus vif que le marché traditionnel, dont il est l'excroissance et avec lequel il conserve seulement des points d'ancrage. On l'a vu. Tout monte et tout gonfle, généralement vite. Et tout a une fin : la bulle (symbole de fragilité, de paroxysme) explose. Les valeurs liées ? Elles décrochent. Un principe de réalité saisit les fêtards : les valeurs sont trop fortes ; elles sont virtuelles. Complètement en dehors des services rendus (facturés et payés) de l'économie classique, utilitariste, quotidienne.
Une gueule de bois débute.
Comme on commence à vendre, on continue à vendre. La valeur, fruit d'une demande qui touche à sa limite et d'une offre qui se met tout à coup à brader - pour encaisser l'argent et se retirer avant de mourir -, eh bien cette valeur baisse. Puis elle dévisse quand le vent de panique touche le gros des opérateurs de cette petite flaque systémique, où tout est lié (rumeurs, amplifications, passions humaines).
La bulle fait mal.
Je me souviens de celle de 2001. Des supports de presse écrite me commandaient des panoramas, des articles ciblés. Le marché financier (alors fort loin du marché réel, de celui des utilités-terrain, des factures encaissées en vrai, des fidélisations-client), ce marché grossissait, fort de lui-même.
Un ou deux avertis - pris de vertige [2] - s'en sont alors retirés, entraînant une panique (Waw, tu as vu ? Telle référence encaisse et s'en va : ça augure quoi ?). Les start-ups de l'époque sont devenues des start-downs : les fleurons de l'économie numérique ont vécu un réel décapage à l'acide. Résultat ? Les financements. Ceux qui injectent de l'argent dans le capital des entreprises ont pris peur (Et si ça s'écroule après ?). Les entreprises ont dû se développer sans cash. Ou mourir. Re-descente sur terre, peut-être. Tri par le vide, c'est sûr. Ralentissement économique et coup de frein, c'est certain.
C'est en ça que les financeurs font du mal ou du bien. C'est-à-dire majoritairement les banques.
Alors imaginez quand la crise vient d'eux...
L'Amérique, coutumière du Emprunter plus pour consommer plus, a usé et resucé le concept. Le banquier parie sur la solvabilité de son client. Il spécule, misant sur l'augmentation des capacités de sa cible. Or la cible - mal préparée à la compétition mondiale (cf. ouvriers, petits employés) - peine à joindre les deux bouts, elle décroche. Le banquier, déconcerté, mange son chapeau. Dès qu'un client vient le voir, il se méfie à outrance : les entreprises peuvent se rhabiller. Les acheteurs de logements aussi. Les opérateurs économiques investissent mal ou peu, perdent en compétitivité, en perspectives, en croissance - et dégraissent les postes et la masse salariale. De leur côté, les propriétaires de logements ont du mal à acheter autre chose, faute de prêts, ils doivent en plus baisser les prix du bien, pour coller à la crise. Et vendre.
Tout baisse.
Pour saisir ce que les groupes ont de systémique et de contaminant, mettre à profit la théorie des jeux. Les tendances groupales nous sauveront (écologie, synergies, benchmarking, tolérance et pragmatisme). Ou nous tueront (égoïsme effréné, soif de sécurité, obligation de moyens, mauvais arbitrages, idéologie, angoisse de tout et de son contraire).
Ce siècle-ci, et bien plus que dans l'économie, doit affronter ça. Se concerter ou mourir.
Je veux ici dire que les spéculateurs, quoique proches de l'économie classique (ils la suivent, l'anticipent et - malheureusement - l'influencent), sont aussi étrangers à l'économie réelle que le sont entre eux aéronautique et ikebana.
Certes l'État a-t-il un rôle : régulation, justice sociale, facilitation du libéralisme (cet accès autonome, et éclairé, à la connaissance, aux soins, à l'expression culturelle, politique et religieuse, au travail).
L'individu, lui aussi, a son mot à dire.
Le consommateur est roi [3] : choisir de donner son argent à des opérateurs minables, c'est dommage. Le placer, ou consommer, chez des gens responsables (producteurs bio, fonds de pension éthiques, PME locales, campus intégratifs, agents de développement des pays du Sud, opérateurs en R&D), ça c'est de notre ressort.
Tout est possible.
C'est ça la finalité du truc : faire du bien aux hommes. Générer de l'argent (et même beaucoup) pour ça. Pour sa communauté. Pour innover. Pour tirer les accidentés du bourbier. Pour jouir du temps terrestre avec les siens.
Pourtant optimiste (et confiant), je finis avec un trait de bile. Plus que ces quelques incompétents qui partent avec un golden parachute indécent, j'ai l'œil noir pour les spéculateurs qui, voyant le marché désenfler, se sont mis à jouer avec... les marchés du sol. L'Afrique a subi ce cynique déplacement, directement sur ses productions vitales (matières premières, denrées vivrières). Le coton, déjà mis à mal par les subventions américaines. Le cacao. Les productions agricoles, le marché des métaux. Tout ça a enflé comme une grenouille, privant les locaux des fruits de leur propre travail.
Tout est devenu cher pour eux.
La spéculation sur les médicaments (sorte d'actuariat sur les niches de malades à venir), ça, ça me crispe aussi. Le vol des molécules traditionnelles, patrimoine de beaucoup de peuples. Le saccage de la connaissance...
L'économie, la vraie, c'est heureusement tout autre chose.
Ce qui est triste c'est que la spéculation l'influence.
Gardons la foi.
(Et consommons responsables.)
Mieux : investissons dans ce qui le mérite.
Après tout, l'argent, c'est ce qu'on en fait.
Be seeing you.
__
[1] Ce côté vif et frondeur, quasi insolent, l'argent le porte en lui depuis les origines. Les pièces de métal résistent au temps (les quartiers de bœuf, beaucoup moins), il est plus léger que les biens qu'il désigne, de surcroît quand les billets viennent symboliser des tas de pièces métalliques. Il passe facilement de mains en mains, il peut même donner la fièvre. Accumulation, spéculation (paris fumeux, déconnexion des appuis matériels, ouverture aux passions humaines). Quand viennent les transactions électroniques (cartes bancaires, virements par fax, via le Net ou le mobile ou la salle de marché), l'argent se fait concept. Il devient potentiel. Il perd tout, ou presque, de son substrat de symbole d'un truc réel. Il s'évapore et brûle les mains. Comme un vif-argent, ce métal fluide, mystérieux (connecté à l'intimité cachée) et capricieux que préside le dieu Mercure. L'Hermès farceur, autonome et rapide. Qui fait son passe-passe et joue des tours.
[2] Un simple ratio (c'est du bon sens) devrait permettre de savoir où un marché donné - quel qu'il soit - en est de sa bulle. Une fois visualisée la concentration, la densité et la dépendance des parties-prenantes sur une surface donnée, en clair le degré d'interdépendance (hypercomplexité) entre les opérateurs, il faut ramener la valeur financière constatée sur la valeur économique et stratégique des entreprises, seuls vrais indicateurs en somme (cf. les marges commerciales, le taux d'endettement, l'indépendance par rapport aux fournisseurs ou à la donne technologique). En clair : valeur spéculative / valeur réelle.
[ Mamon est la personnification de l'appétit des choses, de la possession matérielle (Matthieu 6:24) | j'ajoute que Mercure, patron des échanges, campe la vivacité qui soit innove et change une donne (un paradigme), soit blouse les parties-prenantes | revoir l'ambivalence du Trickster | j'entends, dans le débat sur le Grenelle de l'environnement, que pour 1 euro réel, 30 euros virtuels s'échangeraient | Là où les guerres ou l'écologie laissent pantois, la crise va-t-elle souder (et faire grandir) l'Europe ? Quid de la discrète et pragmatique Chine ? | avec ses déboires en Afghanistan et en Irak, avec la montée des pays émergents et cette crise, l'Amérique ressemble à un empire sur le déclin | cette crise du capitalisme ressemble à à d'autres crises, consubstantielles au modèle, mais en plus grand car les places de marché et les relations interbancaires sont historiquement à leur plus haut degré de connectivité (force... et vulnérabilité, on le voit) | Cette crise ressemble à une crise de la valeur ajoutée : quel gain réel la spéculation apporte-t-elle ? Sur quoi la valeur se fonde-t-elle ? Si c'est sur la prévision continuelle du volume des transactions, ça connaît une limite ; si c'est sur un échange de bons procédés (création de commodité), ça fait davantage sens | le capitalisme s'en remettra (pour le meilleur ou pour le pire selon le point de vue), une fois la purge terminée - mais les changements (interconnexion oblige) pourraient être sociaux, spirituels ou politiques (paradigmatiques) ; à suivre | c'est peut-être dans les pays du Sud que les changements seront le plus perceptibles, à voir | relire Edgar Morin et sa fine analyse du monde actuel, dans Une politique de civilisation (1997, entretien) ]
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Tout un courant. Prometteur : en croissance, depuis sûrement une quinzaine d'années. Je veux parler de la psychologie positive. Son objet ? Envisager l'individu comme une machine (un système) à aller bien. Par opposition à l'angle classique, psychopathologique, qui prend le genre humain (et l'étudie) par ses troubles. Ce qui ressemble à la charrue qui grille une politesse aux bœufs.
Chez l'homme, la téléologie (caractérisation des finalités de la vie, de la direction des efforts), en clair la téléologie s'oriente d'elle-même à la hausse : tout pousse l'individu à aller bien. Comme un programme en lui, fondé sur des constantes (les invariants). C'est donc légitime que la psychologie positive cherche à identifier les ressorts positifs. Et les questionne.
Commençons. Et parlons du psychisme versant sombre. On le sait, les bénéfices secondaires sont des installations intermédiaires (parfois durables), où le psychisme tire un suc, profite d'un relatif état de confort. Comme le dit la théorie des jeux, les gains sont optimaux - et c'est agréable - sitôt qu'ils excèdent les efforts demandés (engagés). L'intériorité, et sa formidable économie, peuvent alors « planter les sardines ». S'installer. S'endormir. Et souffrir, quand l'opportunité de rester comme ça se termine - car tout passe. Focalisé sur son acquis, le psychisme peut négliger, auto-censurer, voire nier le désir, cette saine poussée vers la procréation, l'inventivité, l'ethos authentique, la félicité. Ici, l'homéostasie pèse, étouffe et fabrique un ressenti morbide. La transformation, régime intrinsèque de la vie, patine et s'arrête.
Blam.
La téléologie envisage certes cette force (ambiguë) qui trouve les meilleurs compromis, les meilleurs rapports qualité/prix. Car coûteuse est la vie. Et limitée dans le temps.
Bien sûr.
Pour autant, la téléologie fait des visées de long terme, qui transcendent les états de satisfaction intermédiaires. Elle se projette dans une réalisation du potentiel humain. Sur le terme, et au quotidien (eccéité, intensité, joie d'être soi-même, plaisir du vivre-ensemble, disponibilité, profit de ce qui se présente). Tout ça en simultané. Tout ça dans une profondeur du ressenti qui confine à l'éternel présent. (À l'éternité.)
Au bonheur.
Fig 1. - L'homme, une architecture vivante ?
Tout ça pour quoi ? Pour dire que la psychologie positive s'approprie un champ longtemps réservé à la philosophie, à la mystique, aux institutions symboliques et idéologiques (sociales, religieuses, politiques).
Ce champ ? Celui de l'épanouissement. Vaste et profond. Mobile. Paradigmatique au possible (perméable à l'idéologie). Et pourtant vierge et natif : universel. Anthropologique. Au cœur énergétique de l'homme. Certes l'homme est-il singulier. Certes la feuille du chêne - quoiqu'unique - ressemble aux autres feuilles de l'arbre.
Ouais.
Psychologie positive ? Une affaire à suivre...
(Mmh.) Des idées ?
__
[ L'excellente contribution de Jean Heutte | la psychologie positive s'intéresse à l'individu qui va bien et - par l'investigation - (re)découvre les vertus qui favorisent un bien-être durable | la téléologie (fait humain, élan vital, aménagement psychique en continu) mêle sûrement les forces d'homéostasie et d'entropie tout autant, sinon plus étroitement, que les pulsions de vie (état d'alerte, voire de conquête et d'épanchement) et les pulsions de mort (relâchement) | pour savoir ce qui va mal, il est intéressant de se demander ce qu'aller bien veut dire (aller bien, par exemple en PCM, c'est obtenir des sensations ciblées) ou, plus prosaïquement, quels sont les besoins humains et comment ils se mélangent (allant à l'infini) dans chaque individu ; de la même manière qu'il y a des milliers de façons pour les mêmes sortes d'atomes de former des combinaisons, réactives et mobiles (complexes) | la psychologie positive ressemble à une anthropologie, elle-même proche de la recherche des besoins (qui définissent une nature) | curieux matérialisme, qui considère l'homme comme une combinaison d'atomes, plus ou moins animés d'un principe de complexification (grotesque, si on en croit Stephen J. Gould et sa mise en valeur des bactéries, stationnaires à l'extrême) - l'homme peut tout autant se vivre comme une flamme, comme une intentionnalité, une Gestalt sensible et poétique (capable de faire des symboles, d'expérimenter des ressentis), une perception en mouvement, une recherche de transcendance, une envie de synthèse totalisante, etc. | trouver un référentiel de ce qui va bien, c'est sortir du regard réducteur (sociocentré) avec lequel on examine ce qui va mal - c'est, encore et surtout, une façon d'utiliser le cerveau dans son plein potentiel, cerveau qui fonctionne avec des affirmations, des choses positives, dites et désignées (et non leur contradiction, leur symétrique, cette apophasie à la petite semaine) | le représentant le plus connu de la psychologie positive est Martin E.P. Seligman, suivi de Mihaly Csikszentmihalyi ; il y a aussi - selon moi - les grands thérapeutes humanistes (optimistes pragmatiques) tels qu'Abraham Maslow, Milton Erickson, Alexandro Jodorowsky, Georges Romey, etc. | Seligman, histoire d'un déclic | le Positive Psychology Center | mmh, les belles photos d'/ivan | Tiens, que pensez-vous de l'écopsychologie ? ]
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C'est comme Maslow (Abraham de son prénom). Laborit (Henri) est le fourre-tout des formateurs. Tout le temps ! On les entend (ou pire, on les lit et re-lit) tout le temps. C'est la solution de facilité, le plon-plon, le ronron, le degré zéro de la formation.
Je m'énerve rarement, mais là j'ai comme une bave aux lèvres. Rouge, mouchetée de vert.
Maslow, je le dis, le répète et le tatoue volontiers sur les fesses des intéressés, Maslow, c'est tout sauf la pyramide. Got it? Ça suffit avec la pyramide ! Où voyez-vous que Maslow, au demeurant bluffant, parle de pyramide ? Pourquoi hiérarchiser quoi que ce soit ? Nostalgie de la pyramide alimentaire ? des âges ? de Khéops ?
Une pyramide ? Un enfant de trois ans sait déjà que l'humain est plus riche et plus désordonné que ça. Notre espèce, en permanence, fait passer des tas d'impératifs avant les autres, quel que soit leur rang. C'est la vie qui veut ça, la contingence, la nécessité quoi. Vous croyez que les patterns marchent comme en informatique ? Le cerveau (pauvre Damasio !), vous le voyez comme une boîte à coucou ?
Fig. 1 - Ce qui ne pue pas rend plus fort
Laborit, maintenant. Que dire ? Ce type est un grand lui aussi, son travail est de qualité... Alors, pourquoi le caricaturer comme un singe ? Pourquoi répéter comme un ris de veau névrosé que l'homme est (oui madame) partisan du moindre effort et se drogue aux sensations de plaisir ? Pourquoi, surtout, penser qu'en conséquence il faut - qui plus est pour des actions de même portée ou de même urgence - faire d'abord les tâches désagréables pour laisser notre inclination naturelle terminer le job plaisant ?
Tout individu normalement constitué (quoique) sait - au travail - qu'Alban conserve son état d'énergie, et se l'auto-entretient voire le développe, en partant de l'agréable (c'est son entame à lui) pour finir sur du dur. Et que Brigitte, au contraire, préfère commencer par l'ingrat, pour s'en débarrasser. (Pour Christophe, c'est encore différent.)
Ben oui : Alban, Brigitte et Christophe - grand scoop devant l'Eternel - sont différents. (Waouw.) Parfois même, ils sont opposés. (Re-waouw.) Ils carburent à un mélange individuel, qu'il va falloir analyser. Eh ouais.
Fini, les modules tout prêts. Les prêt-à-penser, les trucs à repomper.
Trois. C'est le nombre de vitesses que je souhaite, avec vous, donner à ce billet. Du plus simple au plus fouillé. Il y a donc trois éléments, qui indiquent - en vrac - comment générer temps, motivation, résultats. Façon performance humaine : cocktail de défis économiques, techniques et humains.
À cet égard, quoi de plus challenging que le management de projet ? Tout vous y attend (et pour cause) : choses à faire, temps limité, budget rikiki, concurrence farouche (regardez), supérieur ou donneur d'ordres pressant (qui plus est, avec des CFR plus ou moins tenables), énergie motivationnelle à stimuler (c'est le muscle), défis techniques quotidiens (matériel, logiciels, partage et adoption de méthodes).
En gros, du taf.
Le premier point est rapide, je vous le couche ici. C'est les mèls. Un raz-de-marée. Les mèls, d'après la chercheure Karen Renaud [1], incitent certains pros à consulter leur compte jusqu'à quarante fois par heure !
Quoiqu'accro (et ça va mieux), j'ai quelque chose qui - moi - m'aide à savoir si je dois ouvrir la boîte : le notificateur d'arrivées (notifier). Un nouveau mèl ? Une icône en barre de navigation devient plus colorée. Hop, je la survole et elle m'indique si c'est intéressant, déployant un avant-goût des contenus concernés. J'ouvre la boîte ou pas. C'est vif :
Fig. 1 - Le notificateur, fort précieux, de Gmail
Le deuxième élément, c'est le tableau de bord interactif. J'appelle ça la console. Côté francophone, le maître en la matière est Alain Fernandez, qui sait - mieux que tout le monde - centrer le boulot sur les résultats. En outre, il utilise Excel comme un titan.
Bon. Excel, ou son pendant libre Open Office (alternative la plus connue), c'est du dur. J'entends par là que c'est optimal sur des postes fixes ou des réseaux d'entreprise. Inconvénient : l'échange de pièces jointes, qui coince toujours (poids des documents toujours trop fort [2]). Question bureautique, je recommande donc la solution en ligne la plus ergonomique, la plus gratuite et la plus consensuelle qui soit : Google documents. Les tableaux de bord, par exemple sous tableur, y sont interactifs (chat, fenêtre de dialogue en direct). Les versions du document ? Rembobinables en cas de mauvaise manip'. Et système live : envoi automatique de mèl sitôt qu'un collègue change un contenu. Je continue : le rendu est stable. Le format, partageable (portable, on dit). Un excellent compromis pour les projets.
Fig. 2 - Console de projet sous Gdoc
Gdoc en tableur ? Passons quatre minutes dessus.
Pour les projets techniques [3], il y a un va-et-vient nécessaire entre le manager et les gens qui produisent. L'idée : centrer la console sur le travail à faire (chaque ligne de tableau est une action à réaliser, amorcée par un prédicat verbal - Rectifier, faire, effacer, etc.). C'est concret. Puis déploiement, par exemple à gauche, d'un volet « manager » (interface commerciale et interprète du travail à faire, répartiteur et contrôleur du travail effectué, motivateur de tous). Et à droite, s'il vous plaît, le volet « équipe de prod'», les collaborateurs-clés, qui réalisent.
Management et prod' (tous deux en colonnes) partagent ainsi les mêmes lignes d'actions et interagissent à leur propos.
Côté management (réception des demandes et feedbacks du client, tri, reformulation), on peut avoir : [ Demandes, remontées, idées (ici retravaillées pour l'équipe de prod') | Rubrique concernée | Auteur de la demande (client au départ, ou bien manager de sa propre initiative) | Date de saisie | Date-buttoir (à faire pour le) | Scoring (pondération de la chose à faire, par exemple de 1 à 5) ].
Ok ?
S'il s'agit d'informatique, chaque ligne peut, en 1e colonne, accueillir un « - » pour les choses à faire, un « ! » pour les bugs, un « !! » pour les bugs critiques, un « ? » pour les questions destinées à la prod'. Autre élément : vous pouvez (simple clic droit) Modifier le format d'une cellule à l'aide de règles logiques (« si... alors »). Ainsi, toute cellule qui accueille, mettons, un « !! » peut-elle (à la carte) s'habiller de rouge ou d'orange. C'est très visuel : le repérage des points essentiels est d'autant plus simple.
Côté prod' ? Canevas possible, touchant évidemment chaque tâche : [ Réponses & commentaires | Durée de développement prévue | Date de livraison prévue | Degré d'achèvement, % | Auteur du commentaire | Date de saisie ].
Oui.
Poussons un peu : sous Gdoc, vous pouvez faire des tris de pondération, par exemple en prenant la colonne Scoring et en faisant Tri => de Z à A. Dans notre exemple, les priorités 5 viennent en premier. Visuel, là aussi.
Autre fonctionnalité : la désignation d'une cellule (case). Et l'ajout par clic droit d'un commentaire. Pratique et instantané.
Dernier point ? La méthode Agile (eudjaaaïle). Valable en hi-tech. Suprême, également, pour les projets commerciaux purs (lancement, optimisation de campagnes ou de tournées, rationalisation d'un portefeuille d'offres ou de clients).
Commode est la formule. Et performante, pour peu que les parties-prenantes jouent le jeu dès le départ. Au confort (relatif) du cahier des charges, on privilégie la vie, l'interaction, la prise en compte du marché, des nouveaux usages, du quotidien de l'entreprise.
Agile est une application concrète des principes TQM [4]. Ou comment dépasser les préconisations rigides (toujours décevantes, chronophages et décalées). Solution : en continu, le manager de projet associe son client final à la réalisation du produit. Du sur-mesure. Et de l'adéquat. Qui, je l'ajoute, prend du temps, demande de belles compétences en vente (le client est roi) et en diplomatie (le collaborateur est décisif). La manager agile : 1. parle la langue commerciale du donneur d'ordres et la langue technique (si éloignée) de l'équipe de prod' (l'un raisonne en Pourquoi, l'autre en Comment), 2. se fait enguirlander des deux côtés s'il y a du retard ou du stress (fonction de défouloir et de dérivatif - c'est obligatoire pour la tenue dans le temps du projet), 3. se fait subitement intimer d'aller acheter du pain sitôt qu'il y a des félicitations à recevoir.
En outre, le manager agile sait vendre aux uns et aux autres : aux uns, du Impliquez-vous : nous avons besoin de vos retours quotidiens, aux autres du Tu sais, le client est un généraliste, il ignore tout de l'orfèvrerie que vous lui développez. Aux uns du Patience est mère de toutes les vertus, aux autres : Vitesse et primes font bon ménage.
J'ajoute que le manager agile doit avoir un complice du côté du donneur d'ordres. Quelqu'un comme lui : pragmatique, humain, diplomate et cool. Capable de temporiser, tout autant que stimuler les troupes techniques du client (quand il en a).
Tenez, comme c'est un must (qui a déjà une grosse décennie, rappelle Flemming 'Magic' Funch), je vous mets le manifeste agile ici. Il y a là pragmatisme et magie (inspiration, façon Cluetrain et ses beaux aphorismes).
Et je termine avec le troisième point. C'est quoi déjà ? Ah oui, déjà traité. (Management agile.)
Je vois que Wikipedia (décidément chouchou des résultats Google) associe « Agile » avec la notion de contraintes. Moui, ça a du sens. À condition, selon moi, de caractériser les goulets d'étranglement au moyen de Post-it, méthode pour cerner (définir) et résoudre ensuite les décalages, les problèmes.
[ Le Pourquoi et le Comment, grandes dynamiques du 3qo2cp | console : véritable tableau de bord (gestion - suivi -, et management - matière à décisions -), avec en plus l'aspect nomade et portable (multiformats, multiprotocoles) | organisation agile Vs protocoles figés, photo amusante | le management agile demande de savoir rassurer le client, qui voit de son produit un constant work in progress, très loin de son idée (illusoire) de produit parfait - il faut donc raisonner usages, et montrer les gains de productivité que l'outil dégage dès le premier jour | console - prévoyez de garder visibles les items qui sont achevés, par exemple en queue de tableau (cf. Degré d'achèvement de la tâche, tri de la colonne : A => Z ; pour afficher les 0 % en premier et les terminés, en tout dernier) ; façon GTD et ses archivages, l'affichage des choses terminées, et donc des progrès réalisés, est un levier motivationnel puissant (réaction prévisible du lecteur : Ouah, nous avons déjà fait tout ça !?) ]
Le couple. Un beau moteur. Oh certes, votre collègue évoque le sien volontiers : Quel bonheur ! ou Quelle plaie !, c'est selon. Et c'est normal. Essentiel, voilà ce qu'est le couple. À trop vouloir être pros, coupés de tout, nous autres travaillomanes, de surcroît perfectionnistes, nous asséchons quotidiennement nos racines. Cultivant uniquement les feuilles. Le grand perdant ? L'essentiel. Mouais. Visée salutaire, pour nous tous : un travail bien envisagé (tout est là). Travailler, je le rappelle, c'est fait pour être heureux. Ça sert à ça. Et seulement à ça : générer de l'argent. Pour soi, pour son conjoint, sa famille, sa communauté, sa famille étendue [1]. C'est même le cœur du propos de Steve Covey, gourou du tri des choses à faire. Covey signale qu'un couple est un fondement. Surtout dans nos sociétés pressées. Le couple ? Matière à s'épanouir, à se tenir motivé (en mouvement). À réaliser des projets : c'est concret. Émotionnellement, le couple nourrit, stimule, donne envie de se dépasser. (Le travail ? Il est fait pour autre chose.) Témoin, la théma sur les strokes et le regard.
Il est temps de mettre un coup de loupe, on y va ?
Les Anglo-Saxons, vous le savez, sont friands des patterns, modèles comportementaux (structures) et séquences-types qui en découlent. Ce matin, je veux vous en confier un : dites-moi s'il fait sens.
Paul a trois enfants [2]. Il travaille et rentre à 19 h le soir. Sa femme Sophie prépare le repas, Paul met la main à la pâte, un œil sur la télé, motif à détente. Il se sent entre deux eaux, fatigué, heureux, en « recharge de batteries » [3]. En quelque sorte, il « flotte ». Puis vient le moment du bain des mômes. Ensuite Sophie et lui les couchent, il y a l'histoire, le baiser, la lumière à éteindre. Et c'est reparti pour du neuf : le couple s'aménage sa plage. Télé, discussions, farniente, projets, câlins. Le lecteur de DVD affiche 23 h 30, voire 1 h du mat'. Eh oui : passer du temps ensemble, c'est occuper 2 à 4 h de sa soirée. Obligé. Puis sommeil (bien mérité). Puis France inter, foutu radio-réveil, c'est reparti pour la corrida. La pendule affiche 6 ou 7 h, informations, café, douche, habits, lever des enfants, déjeuner, anoraks, départ. C'est long, les enfants traînent (ils râlent), la montre égrène les minutes par poignées de cinq. Vite, vite, le temps file, la fatigue engourdit. L'affolement guette. Cris. Et retard. Prises de bec, reproches : Paul arrive au travail fatigué. Son couple a besoin de temps, son couple a des enfants, son couple fait ce qu'il peut. Le temps est un tyran. Paul en a marre, cette vie lui pèse. (Il fait ce qu'il peut.) Mais compresser le temps de soirée, c'est capituler : Paul veut profiter de son couple. Et de ses enfants. (Mais parler devient difficile.) Ce rythme de vie érode, accuse, met à mal. Les strokes se font rares. Les reproches ? Ils s'accumulent et Paul se sent moins aimé. Les soutiens d'hier font défaut. (Paul dévisse.) La performance au boulot, ça a un coût, la revivre c'est soi, c'est too much.
Pure fiction ? Je connais ce cas très fort. C'est celui des gens de ma génération. C'est celui de beaucoup de monde.
Le temps est assassin.
Le couple dépend du temps. Donc des priorités qu'on se fixe [5].
Je finis en rappelant l'à-propos de Françoise Dolto : les enfants s'adaptent. Le couple est le muscle et le squelette de la vie familiale. Les parents (et leurs fragiles aménagements) prévalent. De cette manière, les enfants apprennent la Loi, le principe de réalité, la socialisation du désir. Ils se bâtissent en respectant l'intimité parentale (corps, temps, lieux). Passant leur désir en second, ils se civilisent, développent leur Moi [4] et apprennent à vivre. À penser aux autres.
C'est, en outre, le grand Charlie T. Jones qui dit ceci : le plus grand cadeau qu'un individu puisse faire à ses enfants, c'est d'aimer le conjoint. Structuration et sécurité de fond.
Au lit, les mioches ! On se lève (on vous lève) plus tôt. Et demain sera plus calme.
Be seeing you ;)
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[1] Terme occidental. Les peuples traditionnels voient la famille, unité sociale de base, comme un groupe de 15 à 50 personnes. Notre format parents-enfants, diminué de la présence des vieux ? Formule interprétée - ailleurs - comme étriquée. Un mystère culturel pour beaucoup de peuples...
[2] Prénoms fictifs.
[3] Relire l'intéressant Management de décembre 2007.
[4] La psychanalyste Christiane Olivier parle des ces étapes salutaires pour les enfants : apprendre à couler sa libido dans la réalité matérielle, sociale et culturelle du monde. Dans le monde, en clair. C'est exactement ce que dit Dolto (par ailleurs mère stricte et particulièrement structurée). Je comprends mal pourquoi Olivier la voue aux gémonies. Haine de la dérive ? Dolto pourtant, comme beaucoup de grands, est innocente des cohortes d'irresponsables qui l'ont si mal appliquée. Et si mal lue.
[5] Pourquoi prendre du boulot chez soi ? Quelqu'un que j'aime, à l'hiver de sa vie, alors qu'il savait gérer à la fois une vingtaine de chantiers internationaux et nationaux, m'a confié regretter deux choses. La première est technique. La deuxième touche aux priorités : le manque de temps avec ses proches. Ça, quand tout s'envole, c'est quelque chose qui a du poids.
[ Celui qui réussit sa vie sait sûrement ce qui compte, il sait - l'esprit ouvert - concrétiser les potentiels, les talents, il est disponible à la vie, aux changements. Il sait donner de l'importance (temps, énergie, argent) à l'essentiel. Il sait en outre prendre les choses avec philosophie - relire les blagues sur le vieil homme dans le si puissant Cabaret mystique. ]
Le groupe - Archétype vivant, aberrations morbides
Le choc. Thermiquement, c'est - cet automne - ce que ressent Germaine du Burkina Faso, en stage chez mon père. Bonne francophone, elle apprend les techniques pédagogiques d'ici (réseau Asti), pour enrichir sa pratique de future enseignante (notamment au Bangr Zaandé). L'alphabétisation, ici et de retour là-bas, voilà ce qui l'anime. Elle se donne les moyens.
Le choc. C'est aussi Rabiou qui l'évoque. Animateur-conteur d'exception (origine Niger), Rabiou me dit que les Africains qui arrivent chez nous sont médusés, cette fois-ci moralement. Estomaqués. Ce qui les frappe, c'est deux choses : 1. l'individualisme à tout crin, 2. la façon dont on traite nos vieux.
Le premier cas est commenté, connu et reconnu, y compris de nous-mêmes. La recherche légitime d'autonomie individuelle (consubstantielle à notre idée de liberté), bref la démarche de prendre en main nos désirs, nos projets, nos besoins (et d'attendre que l'État nous y aide), tout ça c'est occidental. Pour le meilleur (sentiment d'épanouissement, liberté de conscience, possibilité d'entreprendre et de décider des choses). Pour le pire aussi : le socius se distand. Le tissu collectif se tiraille et s'agite (chacun pour sa pomme, cf. vaine pâture). Le lien collectif (les Américains appellent ça la communauté), le souci du vivre-ensemble et du bien répartir, s'établit mal. Témoin, le mal - dès l'école - à travailler en groupe, à générer le leadership (virtu de Machiavel, force Animus en psychologie des profondeurs). Mollesse à concevoir des visées collectives de qualité (concertation, innovations, benchmarking), à s'entraider, à persévérer, à animer (cf. dynamique de groupe), à pousser pour quelque chose qui nous transcende. Ou, plus prosaïquement, qui touche nos proches. Et dans le même temps nous-mêmes, individus. En clair, tout un chacun ; tout le monde - ou presque - à la fois.
Le deuxième élément, c'est ce qui plombe nos groupes sociaux et familiaux. Rabiou me dit qu'un vieux, c'est une source de connaissances. L'ancien sait beaucoup de choses. Détaché, centré sur l'essentiel, il enseigne en profondeur et canalise l'élan vital des jeunes (la libido). Il aide à être. Il guide, il éduque, il élève. Il inspire (le rôle coercitif revient aux parents). Il s'implique et - mieux - figure d'emblée comme le moteur de progrès du monde. De toute éternité, vieillir c'est bien : c'est utile à la communauté.
Mais quand il y a communauté, il y a devoirs. Les Africains s'appliquent fréquemment le droit d'aînesse, le respect des conventions, les traditions. De sorte que les tissus tiennent (et parfois en dépit des famines), mais à des prix individuels élevés : gros efforts pour tenir un ensemble (cf. le coût d'une homéostasie).
Je pense à cette histoire de trajectoire personnelle. Et de façon d'être au monde (ethos).
L'émission sur Arte d'hier, Terminus Auschwitz, aborde la responsabilité, pendant énergétique de la liberté. La relation est étroite entre collectivité (dans l'émission, les institutions, les machines à produire) et individualité (ressorts personnels, conscience et décisions).
Système contigu.
Fig. 1 - Photo d'Eschipul @ Flickr.com
Je parlais de socius, de tissu vivant (complexus). Or, l'institution, c'est vraiment tout autre chose. Parlons-en : c'est la version cristalline et figée des choses. Version morte. Pâle avatar, porteur de raideurs. De pesanteurs. Exit les forces vitales, l'envie de félicité (participativité - cf. Rensis Likert ; innovation, dynamisme, entraide). L'institution ? L'émission d'hier la désigne : chemins de fer en Europe continentale, SNCF des pays occupés. Dans les années 1940, ces Leviathan bureaucratiques reçoivent l'argent des nazis (volé aux juifs), pour acheminer les victimes vers les camps. Comme une machine huilée. Gares de tri. Montant perçu ? En Slovaquie, chaque déporté rapporte à la compagnie nationale un montant de 4,80 couronnes. Juteux business, acheminant des dizaines et des centaines de milliers de morts en sursis. (Comptez.)
La responsabilité individuelle ? Diluée. Anesthésiée, répartie entre tous ou plutôt portée par l'institution, ce grand signifiant mou. Le cheminot ferme la porte des wagons à bestiaux. Le cadre facilite le travail. À très grande échelle, avec les moyens organisationnels (très techniques) d'individus du XXe siècle. Il faut attendre quinze ans après la Shoa pour que le psychologue Stanley Milgram (1933-1984) décrypte cette horrible propension qu'ont les humains à obéir au premier crétin venu. Dangereux (comme les nazis) ou juste institutionnel (professeur en blouse blanche).
L'institution démultiplie l'efficience (force de travail finalisée, optimisée, génératrice de synergies). En même temps, elle disperse la responsabilité, donc la prise en compte des conséquences, la projection personnelle. La décision, le cœur.
Elle désengage. Elle donne une bonne conscience.
Principe de réalité oblige, le groupe réconforte et stimule. L'institution ? Elle infantilise.
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[ L'État, quand il est démocratique, fait beaucoup mieux qu'une institution : c'est l'émanation vivante et symbolique du peuple | lire Milgram (merci à l'excellent Psychobranche) | Qui décrit mieux l'infantilisme (adhésion à des propositions parentales) que Gysa Jaoui, la maman de la très observatrice Agnès ? ] Read More
« En France, moins de 5 % des PME exportent » -
Alain di Crescenzo, président de Destination international (JdE, juin 2008)
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[ Richesse nationale (entendu récemment) - À présent, les États-Unis, dans le PIB mondial, génèrent seulement 20 % ; la Chine, 15 % ; l'Union européenne pèse, elle, 14 % (pourtant, notre surface à 27 constitue le 2e ensemble humain de la planète) | passionnant IDH ]
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C'est le café. C'est son odeur. Je me sens fatigué, c'est en buvant une troisième tasse de café ultra-dense que tout me revient. Je porte la tasse à ma bouche et là tout se déploie (il y a dix minutes). Tout ? Plutôt du petit format. De grandes sensations mais de l'intimité : du très personnel. C'est en ça que je dis petit. Et petit concerne mon âge aussi : je m'y revois (ou m'y sens, connecté par l'odeur du café). Une odeur... de doigts. Des gros doigts chauds, rassurants. C'est voisin de l'odeur du café, c'est une odeur, tendre, de cigarettes brunes : des Goldo.
Je dois avoir six ou neuf ans et mon père a cette odeur : des doigts de fumeur. (J'adore cette odeur, elle me rassure et m'émeut.) Odeur virile et protectrice. Quelle puissance, ces odeurs.
Mon père est un type à part. J'ai la trentaine aujourd'hui, je l'admire : il consacre sa retraite à Zóodo [*], sa promesse - devenue champs d'actions, devenue arbre chargé de fruits - d'aider son pote d'il y a longtemps (agriculteur du Burkina Faso, devenu père de beaucoup de mômes). Et mon père y parvient. Comme un bonhomme tranquille, qui fait les choses qui ont du sens. Son association comporte maintenant 160 membres et sauve régulièrement des vies. Le magazine Marianne l'a, lui et son épouse, montré sur le terrain (cf. théma). Le reporter a vu juste : le sérieux, la régularité, le pragmatisme de cette minuscule ONG qui déplace des montagnes. Simplement : comme si c'était normal.
L'odeur.
Comprenez que je me sente dans les années 1980. Cette odeur de Gauloises est une odeur d'homme à homme, de père à fils. (Complicité.) Il y a la voix de mon père aussi. Et sa tristesse de l'époque, et nos difficultés familiales. Mais j'aime (et j'ai toujours aimé) mon père. Et maintenant - en plus - avec les yeux du père que je suis devenu. La fonction ? C'est l'amour qui la permet. Mon père ? En plus du père, ou différemment je sais pas, j'aime l'homme qu'il est (avec ses doutes, son quotidien, son humanité normale, ses instants d'absence, sa foi).
Fig. 1 - Travail graphique de Jacno
Six ? huit ? neuf ans ? Je sais plus. Je me revois dans ma chambre, près de la sienne. Couché. La séparation d'avec ma mère a eu des effets sur nous deux. (J'aime ma mère aussi.) Papa (je crois que c'est lui) m'a offert un petit bouquin sur Le Bon Samaritain : brûlez-moi tous les bouquins du monde, mais gardez-moi celui-là. Ce truc m'a davantage remué les tripes, le cerveau, le cœur et le sang que n'importe quel ouvrage théorique, même (et surtout) des années après. Je m'endors avec ce livre et ma porte reste entrebâillée.
Dans la nuit, je sens la présence aimante de mon père, comme s'il me comprenait, comme quelqu'un qui vous borde ou vous regarde tendrement, par la porte (Étais-je triste ? Me voilà en paix. Étais-je serein ? Me voilà conforté.) Une chaleur rassurante - que je connais - me parle. Une chaleur sérieuse : de celles qui vous réchauffent l'âme.
Ça marque le cœur qui, maintenant, écrit ces mots.
Une virilité protectrice, informée. Elle me connaît (ça se sent). Discrète et appuyée, forte et tranquille : comme quand on aime.
Vous connaissez ça ?
Je parle de son passage à mon père le lendemain (Tu m'as dit quelque chose hier, dans la nuit ?). Non, me dit-il. Question à nouveau. Même réponse. Re-question. Pareil. Mon père est sérieux : il me répond honnêtement.
Puis l'épisode m'est sorti de la tête. Et j'ai grandi.
Il m'a fallu dix ou quinze ans pour faire un lien entre cette fameuse nuit et ce que je connais à présent de Dieu (personnellement, pas par le religare socio-traditionnel, superstitieux et lénifiant).
Le Bon Samaritain (le vrai) avait, cette nuit-là, la gentillesse d'un Père.
Je veux remercier le mien de ressembler si souvent, et depuis longtemps, à Celui qui me donne envie d'aimer mon prochain. De me dépasser. D'élever mes mômes. D'améliorer des trucs. De faire battre mon cœur. De vous écrire aujourd'hui.
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Le nomadisme est un sport de combat. Cherchez à travailler dehors, dans un transport en commun, en attendant un avion, à la terrasse d'un café ou dans un sex shop et c'est niveau bac + 8.
Pourquoi ?
Le matériel, on en a parlé. (Et j'y reviens après.)
Les forfaits maintenant. Soit téléphone et Net.
En appels nomades, dégotter un forfait qui intègre les mobiles à l'international - et les mêle pareillement aux appels nationaux -, ça demande d'aller rapidement vers le troisième opérateur français, rubrique Neo 2 [1]. Avantage supplémentaire : les appels vers des mobiles et des fixes nationaux, plus l'envoi d'SMS-MMS, sont illimités à compter d'une heure du soir que vous déterminez (par exemple 18 h). Plus le week-end. La faiblesse ? Elle est majeure : l'accès au Net ou pire à Gmail, depuis ce troisième larron de la communication, est bridé à mort. (Tout comme les téléchargements illégaux, dont on se fiche, ou l'utilisation de Skype qui, là, fait méchamment défaut.) Cette pauvreté de l'offre Internet touche, à ma connaissance, deux opérateurs majeurs (Orange, pour le coup, ressort tout anobli). Faiblesse des débits (couverture 3 G proche de la couverture chauffante de la Maison des aînés), contenus Youtube aussi rapides que s'ils arrivaient d'Alpha du Centaure, plus les divers problèmes d'autonomie d'appareil (cf. HTC Touch Diamond), sitôt que vous surfez un peu.
Bilan ? Dans ma configuration actuelle (un illimité bridé, vous goûterez la figure de style), eh bien le Net est brut.
J'ai des recours, fort heureusement.
Toulouse compte une foule de talents, dont Goojet, la fameuse start-up qui permet aux mobinautes d'accéder à des versions Java de leurs sites préférés. (Et de se les échanger.) Force du Java ? Une techno lisible par la plupart des navigateurs actuels. Plus opacité (relative) de l'utilisation que vous en faites. En somme vous pouvez librement surfer sur des contenus Java tout en cultivant, vis à vis de votre opérateur, le goût du On-n'a-pas-élevé-les-bouquetins-laineux-ensemble. Got it?
Goojet vous permet d'ajouter à vos applications préférées à la fois Gmail (la Rolls Royce des messageries mèl) et - tenez-vous bien - les Google documents. C'est là. Je dis la classe : vous pouvez quasiment travailler.
Bémol : l'affichage est petit sur mon Touch Diamond. La bonne nouvelle, c'est que l'équipe intègre fréquemment les caractéristiques des nouveaux modèles.
What else? Le matos maintenant.
Dans les mèls reçus, pour mettre à profit les fichiers joints, croyez-le ou non, je suis obligé de connecter mon Acer Aspire One. Eh oui : le bridage mobile touche aussi les pièces jointes. Ou comment multiplier les appareils pour couvrir le champ professionnel habituel (appels, travail bureautique, e-mails). Et c'est juste un début, vous allez voir.
Je le connecte (en soufflant) ou alors j'allume mon vieux SPV M600 d'Orange. Cette gentille carne offre un affichage à peu près correct, une autonomie de plusieurs heures, une possibilité d'intervenir dans le document téléchargé (suite bureautique embarquée). Encore une fois, Orange - quoique financièrement moyen quant au surf - télécharge les documents proprement. Et l'accès à Gmail, pour faire le va-et-vient dans les Google documents, fonctionne à l'envi.
Je récapitule : un mobile (ici augmenté de Goojet) pour les appels internationaux, joli mais sacrément vorace en énergie, un ultraportable sous Linux (qui tourne comme une horloge), un vieux morceau de bois pour accéder très vite aux pièces jointes. Il y a là une triangulation compliquée, mais opérante. La bonne nouvelle, c'est qu'elle couvre tous mes usages. L'autre satisfaction, c'est que tout rentre dans ma petite sacoche Ports design.
Une précaution, toutefois. L'autonomie, tant pour le mobile récent que pour le portable. J'utilise souvent la batterie Philips, pratique et légère (SCE 7640, souvenez-vous). Avec ses embouts multiples, elle recharge les deux appareils. Bilan ? Bien, mais alors l'autonomie, c'est une volition fourre-tout. Ben oui, 60 h, c'est vraiment pour rire. En l'état actuel, je tourne plutôt sur 5 h.
L'accès au Net portable, maintenant. Je vous en ai parlé ? Comme beaucoup, je rechigne à prendre un abonnement pour mon Acer et répugne à utiliser les cyber cafés (expérience de contrainte horaire ou de bruits vidéo-ludiques couvrant même la musique de mon casque - et pourtant !). En France, il y a cette chaîne de restaurants gastronomiques d'origine américaine. Ouais [2]. Figurez-vous que de plus en plus de ces lieux, souvent centraux, proposent du wifi à leurs clients. Résultat : un jus d'orange ou un café, le calme, le centre ville et plusieurs heures de travail, léger ou immergé. De plus, le débit est honnête.
En cas de besoin, je suis très content.
Bilan des courses : un mobile à l'international, c'est bien. Un autre pour saisir sur le vif les pièces jointes, c'est moyen. L'ultraportable devient plus qu'indispensable. Les abonnements pour ordinateurs ? Je les trouve horribles, pareils à ces maudits bridages pour les mobiles. Un point wifi, une batterie (si ma Philips daigne tenir ses promesses), et ça fonctionne.
A quand de vrais illimités Internet pour mobiles, intégrant de surcroît l'international ? Ou, tant pis pour les téléphones, des forfaits Skype ou Wengo intéressants pour un ultraportable ?
Trouver la bonne combinaison, c'est un métier.
Et encore, pour les transnationaux, j'ai volontairement laissé de côté l'histoire du roaming.
Any comment?
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[1] Ou peut-être envisager les offres officiellement pour les professionnels ? Ça demande du temps, à voir donc. Bon sang, choisir un forfait correct requiert un QI de 180.
[2] Lisez le commentaire de Spike :)
[ Naturellement, pour l'autonomie, il y a l'iPhone - Il peut s'acheter déjà tout prêt (désimlocké) pour l'opérateur que je veux, il sait aussi lire les pièces jointes, mais si je reste chez l'opérateur qui me permet de faire de l'international, le problème des pièces jointes (bridage) reste entier | roaming des transnationaux : m'est avis que Fring peut faire de bonnes choses (à voir avec les clauses contractuelles évidemment) | intéressant, cet ultraportable Lenovo, mais monté avec Windows (dommage, regardez ce sondage) | Côté mobile, le HTC Dream Android, une panacée ? mmh, iPhonekiller, il y a quelques chances ] Read More
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Ici ? ailleurs ? La question se pose : est-ce que ce blog doit développer une section sur le nomadisme professionnel ? J'avoue sortir de l'interrogation, là, c'est tout frais. Et c'est ici que j'assois ce nouveau truc, ok : parler ici même du nomadisme permet de relier le sujet à d'autres thémas, un peu comme un tissage. C'est la force d'un blog existant. Et je compte sur vous pour commenter, vos avis sont précieux.
Voilà.
Si vous en êtes d'accord, abordons le sujet sous deux angles : le matériel d'une part (équipement). L'attitude aussi (état d'esprit).
L'attitude, c'est - en l'espèce - cette capacité de passer d'un marché à l'autre, c'est également la production des conditions économiques, psychologiques et familiales du nomadisme. Qu'est-ce qu'être prêt ? Mieux : qu'est-ce qu'être dedans ? est-ce que ça a un sens ?
Le premier point ? Revenons-y. C'est celui qui - du coup - entame ce billet, c'est la quête du Graal, c'est (en 2008) cette nécessité qu'a le travailleur bouge-bouge de trouver le bon matériel. Avec l'élégance qui va avec. Mettre toutes les chances de son côté (efficience, rendement, sérénité, image) : gros challenge que voilà. Sûr que la donne change et que les usages et la technologie vont comme un truc hypersonique, ok. Mais pour l'instant, trimballer son bureau (fut-il virtuel), c'est la gageure néo-platonicienne. Voire post-moderne à bascule sémantique sociocognitive.
Madonna disait I'm a material girl. Regardons, si vous vous le sentez, ce qui fait l'impact et le boum-boum du nomade.
Matos forever.
Ouais.
Bon, un téléphone avec un accès rapide au Web, c'est le premier point. Écran tactile (et donc virtuel) ou clavier Azerty coulissant : à vous de voir. Question de goût (et de taille de doigts). Vérifiez que vous disposez d'un système d'exploitation stable (le marchand me soutient que Windows mobile 6.1 est fiable, vous me direz s'il y a mieux). L'ergonomie de la navigation, c'est important : mon vieux Qtek me donne des envies de pulvérisation. L'HTC Touch Diamond que j'ai depuis ce matin (encore un rival - réel ou présomptueux - de l'iPhone), bref ce petit bijou joli se comporte bien (miam le design). L'est fluide, oh oui.
Le forfait ? Compliqué. Beaucoup de jobs nécessitent un accès au webmail illimité. Plus un forfait d'au moins 4 ou 5 heures par mois. Ajoutez à cela les olibrius qui ont la bouffrerie de passer des appels abroad (laïque mi) : vous faut là de quoi faire rentrer la part dispendieuse du forfait dans... le forfait lui-même. Bouygues fait ça (mobiles hors-frontières inclus dans votre forfait).
La veste : croyez-moi si vous voulez, disposer d'une jaquette qui recouvre élégamment la chemise cravatée (pour les garçons), c'est une quadrature du Serge. J'ai opté pour une veste transformable (si !) et élégante, dotée en outre de capuche escamotable : Clockhouse fait ça pour une misère.
Cravates ? Toujours en soie : il y en a même à partir de 30 €. Mon péché mignon (fort raisonnable), c'est ce que fait Nodus : Nouvelles Galeries pour trouver ça.
What else ?
L'ordinateur, oui. Pour 300 €, pour 1 kg, pour un truc stable, efficient, qui tourne comme une horloge (merci Linux, distribution Fedora), je recommande l'Aspire Asus ultraportable avec un casque Plantronics pour Skype. Doté d'une batterie 60 h de Philips (waouh), vous avec - avec par exemple une mignonne sacoche Ports design - une solution de bureautique de bon niveau pour moins de 500 €. Suite Open Office de bon aloi, bien sûr.
Pour ce qui est des appels en France quand je suis à l'étranger, là je sèche. Le roaming est à la sereine consommation ce que Motörhead est au piano-forte.
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Avoir perdu la vue m'a donné une deuxième carrière, explique le Français Eric Brun-Sanglard, ancien directeur artistique devenu l'architecte d'intérieur des stars californiennes. Je vois à présent les choses et les gens de l'intérieur [*], confie-t-il, ce qui me rend serein. J'ai, poursuit-il, une grande imagerie visuelle : j'ignore si un souvenir de film me vient d'avant ou d'après la cécité.
Brun-Sanglard excelle dans son art.
Fig. 1 - Le designer frenchie,
in magazine Poz (chroniques sur le VIH)
Sa conclusion ? Notre travail [celui de l'agence, nda] dispose d'un temps d'avance sur celui des concurrents : comme je suis incapable de voir [l'existant], je vais à l'essentiel et envisage directement le résultat définitif.
Eric Brun-Sanglard m'impressionne : autant les Stoïciens assurent que le bonheur découle de soi, quels que soient les hauts et les bas de la vie. Autant Brun-Sanglard fait d'un profond bas... un révélateur. Mieux : un propulseur. Il dit être heureux.
Je le crois pleinement.
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[*] Certains PNL-istes appellent cette imagerie mentale, fondée sur l'imagination, sur les souvenirs, sur leur mélange, le cinéma intérieur.
[ Interview, émission Reporters, chaîne NT1 | Il projette les possibilités, extrait d'un article paru dans Libé (2006) | Eric Brun-Sanglard, le blind designer (site) | en bande dessinée (cf. comics), le héros aveugle qui se dépasse est Matt Murdock alias Daredevil | une belle illustration d'Alex Maleev | Qualités, défauts ? Débat suranné : ce qui compte, ce sont les spécificités (granularités) que l'on en tire face à la vie, c'est-à-dire les atouts ]
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Un bel œil. Ouais. De beaux yeux, bien sûr. Et aussi, en interne, une façon de cadrer ses images, de ressentir, d'attraper les rapports de force d'une scène. Comme bien souvent, c'est gamine, en prenant sa famille en photo le dimanche, que ma compagne a musclé son œil. Comme des étincelles sortant, au départ, d'un marteau frustre. Et désormais, son quotidien - révélé sur papier - touche aux enfants, aux villes, aux routes, aux contrastes, aux sentiments et situations humains, aux identités. Son esthétique est tendue, équilibrée, typée.
En 2003, elle et moi dînons avec Joel Peter Witkin, à Toulouse. Je suis traducteur - au débotté -, elle est déjà ma compagne et le repas intimiste avec le géant de la photo peut se concevoir si et seulement si elle est là. Et elle l'est (Tu sais quoi ? Dépêche-toi : viens vite !!).
Fig. 1 - Une précaution : âmes sensibles s'abstenir,
reportage (c) Indies webTV & Le Garage
Witkin, photographe converti au catholicisme, rend la lumière de Dieu (son amour) en saisissant, en montrant, en agréant ce que l'homme abhorre, que Dieu regarde avec ouverture : les monstres, les marginaux, la folie, le rejet, les pervers, la faute.
La beauté sauvera, dévoilera, affranchira le monde. C'est une ouverture, c'est une bonté.
Parlons de von Glasow. C'est en montrant la beauté (le nu - rapport direct au ressenti, forme vivante des gens), c'est en montrant l'intimité - ici extravertie, proposée - que le réalisateur Niko von Glasow (cf. film Nobody's perfect) fait de la pureté, de l'efficience. Rendre un statut, une place humaine, un ethos, c'est dévoiler la beauté. L'esthétique ? Le vivant, essentiellement. Un élan spécifique, une vibration prise tel qu'elle est : sacrée, expressive, sincère, efficace. Assumée comme un mini-temple du monde.
Metropolis fait du bien. L'émission d'Arte, le sachant ou non, invite à absorber ce que les athlètes paralympiques ont à faire savoir. Et ont à vivre.
L'homme, c'est beau. Le corps, même cassé, ça fonctionne. (Parce que ça éprouve.)
La chair est belle : c'est un état, un mouvement, un être.
C'est la vie qui est là.
[ Un photographe que j'admire, Bruno Wagner (ancien site), encore un à qui je compte demander pardon | On aimerait tous transformer ses points faibles en quelque chose de beau : pouvoir en parler haut et fort. - Niko von Glasow | la famille Cranach (XVIe s.), amie de Martin Luther - Lucas Cranach père et fils, peintres protestants (source d'inspiration pour Witkin) ]