Da Vinci coude - 1e partie [ Da Vinci coude - 2e partie >> ]
Esquisse d'organisation
A l'évocation du mot "génie", l'imaginaire convoque immédiatement la figure étincelante de Léonard de Vinci (1452-1519). Or, un génie peut s'épanouir dans... le génie. Comprenez les activités de conception, de support et d'excellence. Même si l'histoire associe au Maestro des activités de génie militaire, tournées vers l'art (expertise) du combat, c'est le génie industriel (c'est-à-dire l'organisation) qui dévoile Léonard sous un jour inédit.
Quel lien y a-t-il entre l'Homme de la Renaissance et le génie industriel ? Quel sens moderne cette activité recouvre-t-elle?
"Pour certains, explique l'Ecole des mines Albi-Carmaux (EMAC), c'est Léonard de Vinci - étudiant - la manière de pelleter la terre qui introduisit cette notion" de génie industriel. Il faut ici rappeler pourquoi De Vinci symbolise à ce point l'homme total. Il utilise - avec quel brio ! - les ressources de son hémisphère cérébral droit, idéal pour les arts, ainsi que son équivalent gauche, spécialisé dans l'étude minutieuse des faits. C'est précisément dans cette activité de décryptage pragmatique que Léonard surprend. Sa vision de l'homme au centre du monde, actif et maître des choses, l'amène à se pencher sur la façon d'optimiser la triade physionomie-outil-rendement. C'est-à-dire, en langage moderne, données humaines, moyens (supports) et contraintes. Nous sommes à la racine de l'ergonomie. Cette science psychologique étudie l'adéquation entre : 1. comportements, besoins, 2. environnement technique et humain, 3. contraintes de résultat. De Vinci ergonome ? Plus : son art de pelleter, tant fait de matière grise que d'huile de coude, préfigure le génie industriel.
Si l'ingénieur actuel échappe à l'idée d'humaniste découvreur, c'est qu'il conçoit et optimise... des processus de fabrication. Le génie industriel consiste alors à "maîtriser simultanément les flux physiques et les flux d'information, dans une démarche d'intégration des fonctions de l'entreprise", selon l'EMAC. Il s'agit bien de management, au sens d'utilisation optimale des ressources. Pour tout dire, une telle vision découle d'une part de l'organisation scientifique du travail (OST) de Frederick W. Taylor (1856-1915), d'autre part d'un contexte d'hypercompétition à la fin du XXe siècle, où le thème du management industriel fait un tabac (cf. colloque franco-québécois de Marseille sur le génie industriel, 1981).
Les plus enthousiastes font toutefois remonter la notion moderne de génie industriel au père de l'économie classique, Adam Smith (1723-1790), déjà convaincu que la division du travail (rationnalisation) conditionne la croissance. Au plan de la modélisation mathématique (optimisation industrielle - seuils techniques et économiques), l'on retient communément l'austère Charles Babbage (1791-1871), professeur de mathématiques à Cambridge. Mérite induit : il s'interroge sur la notion de conflit direction-employés. L'on touche à la dimension psychosociologique, voire politique, du travail.
Quelques autres pionniers du génie industriel : le couple Gilbreth (Franck et Lillian), instigateur de l'approche Time-and-motion, qui décompose le nombre de mouvements corporels nécessaires pour accomplir une tâche au mieux. Dans cette mouvance, citons Ralph M. Barnes (1900-1984), auteur d'une thèse en 1933 sur l'"Etude des temps et des mouvements", puis professeur émérite d'administration des affaires à la célèbre Université de Californie. Harold B. Maynard a également voix au chapitre : il fonde en 1934 son propre cabinet d'organisation industrielle. Quant à Henry L. Gantt, nous le connaissons déjà : son diagramme est au génie industriel ce que la boussole est à la navigation.
|
|