Améliorer plutôt que changer - 1e partie [ Orient et Occident - 2e partie >> ]
Enraciné dans l'idée bouddhique de réincarnation, de démarche continue et de progression graduelle, l'état d'esprit kaizen pourrait être à l'origine de l'essor économique du Japon contemporain. Soixante années de travail pragmatique ont en effet hissé le Pays du soleil levant au rang de neuvième puissance mondiale. Qu'est-ce que le kaizen ? A l'échelle d'une entreprise, quel est son impact ?
Orient et Occident s'opposent. Lao Tseu fait la nique à Platon. L'amélioration continue, dans son acception asiatique, est le contraire du management "à la hussarde" tel qu'on le pratique en Occident : par à-coups. Parlez de secousse à un Japonais, il vous placera dans la catégorie des volcans destructeurs. Pour lui, changer, c'est user de douceur. C'est même plus que changer, c'est améliorer. La France est fière de sa Révolution, les Japonais adulent le calme.
Le kaizen industriel a pris son essor dans les années 1980, issu du désir d'efficacité et de maîtrise. Kaizen rime avec transformation - par petites touches -, implication de tous, vigilance et action. Rien à voir avec un branlebas de combat, fût-il qualitatif. Le kaizen est tourné vers l'action. Séquence type, les 5 S : 1. éliminer le superflu, 2. ranger l'essentiel puis 3. le nettoyer, 4. systématiser la démarche, 5. inscrire le processus dans un circuit continu. Le kaizen prend donc appui sur tous, depuis la femme de ménage jusqu'au cadre supérieur. L'union fait la force : quand un organisme est soudé, tendu vers un intérêt commun (centration "tâche"), il excelle. Quant aux cellules, elles travaillent ensemble, interconnectées par un bon affichage des tableaux de bord (management visuel).
Pour le cabinet d'organisation d'origine nippone Kaizen Institute, cette démarche est une panacée, qui favorise "la prise de conscience collective" et dynamise le terrain, "avec des règles simples". D'après Christian Hohmann, consultant qualité à la Cegos, organisme de formation de la région parisienne, le kaizen consiste avant tout en un "environnement incitatif et formalisé", qui favorise l'excellence. Si - pour paraphraser saint Paul -, la lettre tue et l'esprit vivifie, les procédures étouffent, l'état d'esprit dynamise, pour peu qu'il soit constant. Pour preuve : le constructeur automobile Toyota jure que : "les employés des centres de production [...] sont encouragés à proposer leurs kaizen, ou suggestions, pour améliorer leurs procédés, simplifier les opérations et mettre en évidence cette promesse de qualité totale [...]"
Cyril Docquin, fondateur du portail Allquality.org, référence en la matière, conclut que le kaizen est "un processus d'améliorations concrètes, réalisées dans un laps de temps très court par une équipe multidisciplinaire". Esprit "terrain", réactivité, compétences. Vous avez tout.
[ Un peu plus loin, avec le PDCA ]
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